Et si le démantèlement des GAFA était une erreur ?

Et si le démantèlement des GAFA était une très grave erreur ?

C’est une hypothèse que soutiennent certains économistes et spécialistes de l’ère numérique en France.

En mai 2019, Rafik Smati sur Sud Radio remettait déjà ce démantèlement en question. Il y a quelques jour Gilles Babinet a admis que lorsqu’il parlait de démantèlement des GAFA, il s’agissait plus de provocation et de débat que d’autre chose. Cette semaine, c’est Nicolas Bouzou qui revient sur le sujet dans un article intitulé Concurrence, fiscalité, souveraineté : les défis que posent les Gafa (L’Express, 27 juin 2019)…

Il faut bien l’avouer, nous buvons tous les jours un bouillon amer d’avis différents explorant tous les phantasmes sur la fin de l’humanité. Il y a bien entendu aussi la sacro-sainte poursuite fiscale ou bien la peur d’être espionné et de voir nos données détournées à des fins commerciales. Ou encore celle de voir les États souverains disparaître, avalés par des entreprises privées…

Bref, il y a beaucoup de peur dans notre perception des GAFA.

La concurrence, la fiscalité, la souveraineté. Si l’Union Européenne n’avait pas encore sa devise nationale et bien grâce à Nicolas Bouzou, elle en a maintenant une !

Concurrence, fiscalité et souveraineté, trois problèmes qui pourraient être facilement résolus. Non pas par une taxe GAFA qui n’a que pour but unique de faire fuir tout nouvel innovateur, mais plutôt par une synchronisation fiscale des pays de l’OCDE. Optimisation qui est en train de se mettre en place avec, on pourrait s’en étonner, l’accord des États-Unis.

Nicolas Bouzou souligne qu’en terme de concurrence, c’est à l’UE à empêcher les achats de startups européennes prometteuses par des plus grosses entreprises. L’approche est intéressante, mais notons quand même que celles-ci doivent tout d’abord le vouloir. Beaucoup d’entre-elles ne demandent en effet, pas mieux d’être rachetées à grands coups de milliards de dollar. Elles doivent ensuite avoir le maximum de possibilités de se développer de manière conséquente. Ce qui n’est pas du tout le cas pour le moment. Rappelons à ce propos que ce qui a empêché en Europe l’érection de GAFA européens, c’était entre autres choses, les lois sur la concurrence. De plus on assiste aujourd’hui à un phénomène « RGPD » qui pose des limites pour les startups et les empêchent de se développer.

Pour ceux qui pensent législation avant tout, il serait peut être intéressant de se remettre en question…

Enfin en terme de souveraineté, toujours pour Nicolas Bouzou, la confiance en nos capacité d’innovation est meilleure conseillère que la haine anti GAFA. Ce qui revient à dire : arrêtons de regarder dans l’assiette des autres…

L’argument du monopole…du balais !

Est-il légitime de démanteler une entreprise parce qu’elle est efficace ?

Voyons cela sous l’angle du monopole…

Google est-il le seul moteur de recherche ?

La réponse, vous le savez est négative. Nous utilisons Google pour son efficacité, pour son interface agréable et pour le nombre important de produits et de services complètement gratuits que la firme californienne nous offre. Google à réussi à fidéliser ses utilisateurs mieux que n’importe quelle entreprise auparavant, à un point tel d’avoir même inventé un nouveau verbe – Googeler.

Devons-nous pénaliser cette efficacité ?

L’assistant électronique (donc l’IA), la finance, la médecine, la conduite autonome, la réalité virtuelle, la réalité augmentée… On retrouve dans ces six domaines très pointus, une volonté marquée de développer le produit le plus performant pour chacune des structures qui composent l’acronyme GAFAM. N’oublions pas non plus IBM, qui se veut très discret pour l’instant mais lui aussi converge vers des activités similaires.

Lorsque que l’on déploie (ou contribue à déployer) six entreprises distinctes pour un espace géographique donné, travaillant et développant des produits similaires, peut-on encore parler de monopoles ?

Trop grand, trop gros, trop riche, trop puissants ?

Le véritable problème est bien entendu ici. Mais s’il s’agissait de l’industrie traditionnelle, personne n’évoquerait de démantèlement. Le problème est que les GAFA interviennent sur des domaines qui sont en général des chasses gardées des États (et forcément des industries). Et ces derniers ne voient pas d’un bon œil, la venue d’un troisième acteur dans le couple qu’ils forment avec l’industrie traditionnelle.

Au mois de mars, nous traitions du sujet dans un article intitulé, Le démantèlement des GAFA n’aura pas lieu… Dans cet article nous mettions en avant les enjeux politiques entre les États-Unis et la Chine. Enjeux qui par ailleurs se sont compliqués très largement avec une guerre commerciale déclarée par les premiers et suivie par une Chine qui n’est pas prête à se laisser faire.

Mais depuis ce temps, il semble que le débat s’accentue, surtout depuis que Facebook a annoncé le lancement de Libra, une monnaie numérique qui fait monter au créneau des politiciens comme Bruno Le Maire ou Benoit Hamon. Ces derniers ayant peur de voir ce membre prestigieux de l’élite numérique américaine prendre du terrain sur la souveraineté monétaire des États.

Bien fondé ou non, le démantèlement des GAFA suscite deux interrogations majeures :

Que ce démantèlement ait lieu ou pas, il est avant tout important de s’interroger sur ses conséquences. Faut-il stopper des entreprises qui sont en train de trouver des solutions à tous les problèmes créés par les mécanismes de la seconde révolution industrielle ?

Seconde révolution industrielle qui n’a jamais été en mesure de résoudre ceux quelle a elle même créé. Parmi ceux-ci nous pouvons citer la pollution, le pillage des ressources de la planète, la surproduction, l’exploitation de l’humain, le chômage, la surexploitation de la mobilité, l’explosion des cancers, la dépendance à l’argent, etc. Les acteurs qui tiennent les manettes (États et Industrie) n’auraient-ils pas plutôt intérêt à laisser cette troisième force régler des problèmes qu’ils ne sont pas en mesure de régler ?

Monnaies, finances, divertissements, environnement, conquête de l’espace, télécommunications, justice, sécurité, santé, emploi, enseignement et bien d’autres secteurs encore… Devrions nous véritablement renoncer à toutes les promesses que nous offre cette formidable économie numérique ?

Deuxièmement, devrions-nous laisser le champ libre à la Chine ?

Une Chine qui quant à elle ne démantèlera jamais les BATX puisqu’elle en détient tous les pouvoirs…

Que l’on soit pour ou contre le développement absolument incroyable des GAFA, il est clair que ces organismes sont indépendants des politiques. Et qu’on le veuille ou non, c’est une bonne chose ! Bonne chose car ce n’est pas le cas des BATX qui sont pieds et mains liées avec le gouvernement communiste chinois. Ce qui leur donne une bonne longueur d’avance sur ces dernières.

Rafik Smati, il y a peu disait que confier le développement de la 5G à Huawei en Europe, nous ferait gagner plus d’un an dans le développement de celui-ci, mais cela reviendrait aussi à faire rentrer le loup dans la bergerie. Et peu soupçonnent la férocité de ce dernier ?

Jusqu’à preuve du contraire, ce que les GAFA nous ont montrés, ce sont des efforts très clair pour renverser ce qui ne va pas dans notre monde occidental. Ce n’est certainement pas la volonté d’un gouvernement chinois aux mécanismes hautement critiquables.

Changer notre perception

Si un démantèlement n’est pas souhaitable alors que faire ?

Laisser aller les choses en se disant que tout ira bien dans le futur ? Peut être pas…

Intégrer les GAFA au sein même de l’administration ? Peut être pas non plus car cela reviendrait tout simplement à une nationalisation. Dune part, c’est complètement antinomique avec l’esprit capitaliste américain (mais néanmoins possible en Europe avec les infrastructures sur place). D’autre part cette dernière ne ferait que freiner leur créativité.

Peut être devrions nous commencer à percevoir ces GAFA comme des institutions non plus américaines mais occidentales cette fois ?

Ce qui exigerait néanmoins d’adhérer à une identité occidentale et non plus européenne. Il faudrait alors que de notre côté, nous préparions le futur. Si l’Europe à perdu sa place dans la révolution industrielle de la prochaine décennie, la décennie qui suivra par contre est encore à conquérir sur de nombreux aspects : conquête de l’espace, homme augmenté, IA forte, réalité virtuelle, réalité augmentée… A nous d’y placer nos GAFAM !

Crédits photographiques pour l’illustration :

Par Nicoleon — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=54934904

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