Mise à jour : Avenir et emploi, deux ans après, nous n’en savons toujours pas plus…

Et si on retournait deux ans en arrière ?

Il y a deux ans d’ici – à quelques jours près (le 25 novembre 2019 exactement) – le Think tank Institut Sapiens, nous alertait sur le fait que plus de deux millions de français allaient perdre leur emplois dans les années à venir… C’est très vague et franchement, on n’en sait pas vraiment plus maintenant. Ce que l’on sait néanmoins, c’est que ce ne sont pas exactement des emplois qui sont perdus, mais qu’avant tout ce sont bien des professions qui disparaissent. Rien ne semble avoir véritablement changé en deux ans, sauf peut-être qu’une crise sanitaire dont nous n’aurions même pas pu imaginer l’existence, donc les conséquences, tant la situation est devenue extraordinaire – a vraiment tout changé…

And the winner is ?

Les pronostics de l’époque (rappelons que nous sommes en 2019) estimaient que les employés de banque et d’assurance disparaîtraient entre 2038 et 2051. Les employés de la comptabilité disparaîtraient à leur tour, entre 2041 et 2056. Les secrétaires de bureautique et de direction quant à elles, ne rempliraient plus les bureaux entre 2053 et 2072. En ce qui concerne les caissiers et les employés de libre-service, ils pourraient devenir obsolètes entre 2050 et 2066. Et enfin, on ne parlerait plus des ouvriers de la manutention entre 2071 et 2091. 

Sommes-nous toujours sur la même ligne droite aujourd’hui ?

Sur le fond, il est vrai que la plupart de ces professions sont amenées à disparaître, mais néanmoins il semble que sur la forme, les choses soient un peu différentes…

Pour les employés de banque et d’assurance par exemple, 20 ans minimum nous séparent des prévisions annoncées, alors que la Blockchain, les monnaies virtuelles, les Fintechs et surtout l’arrivée des GAFAM sur le marché de la finance sont en train d’exploser (rappelons qu’en 2021, le Salvador a décidé d’adopter le Bitcoin comme monnaie officielle et que la Chine expérimente sa propre monnaie virtuelle nationale à grande échelle). D’autant plus que les assistants électroniques reliés à ces mêmes GAFAM seront d’une efficacité redoutable dans moins de dix ans, remplaçant alors banquiers, assureurs, comptables et bien d’autres professions encore, y compris les secrétaires. Nous ne savions pas il y a deux ans qu’un réseau bancaire payerait une autre banque pour reprendre ses infrastructures physiques. Alors qu’il était de coutume de payer pour acheter une entreprise, le monde bancaire vient de nous prouver (avec HSBC) que le contraire pouvait bien arriver. La raison qui est derrière cette opération très originale est pourtant simple : démanteler un réseau coûte très cher – y compris en justice – et il est donc préférable de refiler la patate chaude à quelqu’un d’autre, quitte à payer pour cela. Cela n’augure en effet rien de bon pour la suite.

En ce qui concerne les caissiers et les employés de libre service, annoncer leurs disparition dans une fourchette temporelle allant de 30 à 46 ans, semblait déjà à l’époque très, très, très optimiste, alors que les applications mobiles et les systèmes d’accueils automatiques des clients en magasin étaient tout à fait aptes à remplacer le personnel humain. Depuis, Amazon à lancé ses magasins sans personnel, Walmart est revenu sur le devant de la scène en talonnant la firme de Jeff Bezos de très prêt. Les principales enseignes ont multiplié les possibilités de commande en ligne, voire même de livraisons à domicile. On – en aval, et malgré les importantes mutations qui se sont faites pendant les confinements de 2020 et 2021 – pouvait penser que la pression des syndicats arriverait à ralentir les choses pendant encore quelques années, mais même dans le meilleur des cas, 10 ans seulement devraient suffire à éliminer dans sa quasi intégralité les caissiers, à l’exception peut être de ceux qui travaillent dans des petits commerces. Organismes pour lesquels, dans un premier temps l’installation et le contrôle des systèmes automatiques risque d’être trop coûteux que pour pouvoir se développer. Mais ce n’est néanmoins qu’une question de temps puisque les technologies se démocratisent. Il n’est plus aujourd’hui vraiment difficile à un petit commerce de déployer un système de paiement par carte de crédit alors qu’il y a encore trente ans, le coût de l’installation aurait été très (voir même trop) difficile à assumer.

Et pour les ouvriers, toujours pas de menace imminente ?

Du côté​ de l’industrie et du bâtiment, rien n’a véritablement été bousculé pendant les deux dernières années. Justement bien au contraire… 

Les gens n’ont rien pu dépenser pendant presque deux ans et dès qu’ils ont pu le faire, ils se sont rués sur l’immobilier et sur la bourse, faute de gagner suffisamment d’argent avec un compte épargne. Rien de bien significatif comme changement donc, puisque la construction et l’industrie accueillent les nouvelles technologies progressivement et évoluent sur le long terme. A moins d’une véritable rupture avec les systèmes de constructions et de productions actuels, la situation pourrait rester la même​ ​​pour cinq ou sept décennies, comme annoncé par le Think Tank. Mais attention, les problèmes d’approvisionnement que nous vivons en ce moment – reprise économique après confinement oblige – pourraient très largement nous pousser à produire, et forcément à consommer autrement. L’impression 3D est par ailleurs en train de faire sa place dans les deux secteurs depuis moins de 10 ans. Rappelons-nous que les deux dernières crises ont marqué l’histoire de manière définitive et que nous ne pouvons plus – moyens technologiques aidant – nous attendre à ce que les choses reviennent comme elles l’étaient auparavant. Et les tensions entre la Chine et l’Occident augmentant d’années en années, les choses pourraient très mal tourner. Et ainsi pousser les entreprises et les autorités occidentales à se débarrasser de sa dépendance envers son voisin asiatique. A partir de là, elles pourraient pousser des initiatives locales qui seraient inévitablement orientées vers l’impression 3D, beaucoup moins coûteuse et beaucoup plus profitable que les systèmes de productions industriels actuels.

Néanmoins l’étude dont nous parlions plus haut évaluait une probable disparition d’une main d’œuvre ouvrière entre 2071 et 2091. Si tout nous montre aujourd’hui que les choses n’ont pas suffisamment changé significativement pour revenir en arrière sur ces prévisions, elles restent quand même très largement optimistes. L’automatisation des usines se développe à grands pas et est maintenant assistée par l’Intelligence Artificielle. La dématérialisation s’accélère et la promesse de vivre dans un monde parallèle virtuel se concrétise avec les métavers. La puissance des microprocesseurs s’emballe,  les robots humanoïdes sont capables de faire de plus en plus d’opérations à moindre coûts et pour couronner le tout, le climat géopolitique – surtout avec la Chine – est désastreux, et comme nous venons de le voir, cette situation pourrait faire exploser les technologies 3D. Bref, tout les éléments sont réunis pour faire basculer les choses et générer des légions de chômeurs chez les manutentionnaires à moyen terme. 

Cherchez l’erreur…

Il faut aussi rappeler que l’étude faite par l’institut Sapiens s’étendait sur une période, toute particulière – entre 1986 et 2016 – soit 30 ans. C’est une période suffisamment longue pour faire une étude de qualité, mais il est aussi important de préciser que cette période comprend deux époques complètement différentes : l’avant 2007 et l’après 2007. 

Revenons sur les différentes phases importantes de ces 30 années :

De 1986 à 1995, l’informatique évolue lentement. Elle commence à dématérialiser le monde et dans le même temps commence aussi à détruire des emplois. Le World Wide Web est ensuite créé en 1988 par Tim Berners-Lee. De 1995 à 1999 , on assiste à une généralisation de l’informatique et une évolution lente d’Internet. La dématérialisation du monde s’accentue et la destruction d’emplois continue de manière très lente. Enfin de 2000 à 2007 la généralisation des lignes à haut débit et d’Internet explosent sur toute la planète. On assiste ainsi à l’apparition des réseaux sociaux, d’Airbnb, de l’Iphone, du Kindle ainsi qu’au développement de l’Intelligence Artificielle (Watson). 

A partir de 2007, le monde change considérablement. L’année qui suit, la crise entraîne un changement de comportement dans les habitudes de consommation. La dématérialisation du monde s’accentue considérablement, tout comme la disparition de nombreuses professions avec elle. Enfin, l’informatique et l’Internet sont généralisés à l’échelle de la planète. En réalité, lorsque l’on prend en considération ces quatre périodes, il apparaît très clairement que les deux premières ne sont en rien représentatives des deux suivantes. Mieux encore, les deux dernières périodes sont elles-mêmes extrêmement différentes l’une de l’autre. 

Les études semblent nous mener vers une certaine ligne droite… A la fin du XX°siècle, les plus grands experts avaient probablement raison quand ils nous décrivaient le monde de demain en se basant sur des faits vécus dans les années 80 et 90. Mais leurs paroles perdent tous leurs sens quand un événement de grande envergure – comme la crise de 2008 ou celle de 2020 – vient bousculer les choses. Ces événements modifient nos sociétés en profondeur et nous font changer de trajectoire, même​ si nous étions bien décidés à aller là où nous voulions aller…

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