Labo 2040 – Numéro 3 : Les inventeurs des nouvelles manières de vivre

Jusqu’à présent, l’humanité a surtout inventé des technologies. La prochaine étape pourrait être d’inventer la manière de vivre avec elles. Autrement dit, le sujet de ce numéro n’est ni l’intelligence artificielle, ni la robotique, ni même Internet. Le véritable sujet est la civilisation.

Les civilisations ne se distingueront bientôt plus uniquement par leurs technologies, mais par les modes de vie qu’elles auront réussi à inventer.

ÉDITORIAL

Pendant des siècles, nous avons comparé les civilisations selon leurs monuments, leurs armées, leurs richesses ou leurs découvertes scientifiques, mais au XXIᵉ siècle, un nouveau critère semble apparaître :

Les nations qui marqueront durablement l’histoire seront peut-être celles qui inventeront les meilleures façons de vivre avec les technologies qu’elles auront créées. L’intelligence artificielle, la robotique humanoïde, les biotechnologies ou les nouvelles infrastructures énergétiques ne sont probablement pas la destination. Elles sont avant tout des matériaux et la véritable œuvre reste à construire.

Les quatre derniers articles de cette seconde partie du mois racontent justement cette transition. Ils montrent que la prochaine compétition mondiale ne portera peut-être plus uniquement sur les innovations, mais plutôt sur les civilisations capables de leur donner un sens.

UN SIGNAL FAIBLE

Le signal faible n’est plus seulement l’apparition de nouvelles IA. Le véritable signal faible est au contraire celui  qui consiste à ce que les entreprises commencent à vendre des façons de vivre plutôt que des objets. Tesla vend avant tout une mobilité. Apple construit progressivement un environnement numérique. OpenAI vend une nouvelle manière de travailler. Les universités expérimentent de nouvelles façons d’apprendre et même les villes commencent à réfléchir à de nouvelles expériences urbaines.

Le produit devient secondaire. Le mode de vie devient quant à lui central.

Nous assistons peut-être à la naissance d’une nouvelle économie et elle n’est autre que l’économie des modes de vie.

LA QUESTION FONDAMENTALE

Les grandes puissances de demain seront-elles les pays qui inventeront les meilleures technologies… ou ceux qui inventeront les meilleures manières de vivre ?

Cette question dépasse largement l’IA et elle concerne toute l’organisation de la civilisation.

LES QUATRE PORTES QUI SE SONT OUVERTES

Des portes qui pourraient devenir quatre piliers d’une civilisation : Celles-ci ne devraient pas seulement ouvrir quatre pistes de réflexion, mais conduire le lecteur à comprendre que chacune représente un changement profond dans la manière dont une civilisation se construit.

Porte n°1 — La technologie n’est plus le but. Elle devient un matériau de civilisation.

Pendant près de deux siècles, nous avons considéré chaque progrès technique comme une fin en soi. La machine à vapeur, l’électricité, l’automobile, l’informatique ou Internet étaient perçus comme les grandes révolutions de leur époque. Pourtant, avec le recul, nous savons que ces inventions n’ont jamais transformé le monde à elles seules. Ce sont les nouvelles manières de vivre qu’elles ont rendues possibles qui ont véritablement changé les civilisations.

L’intelligence artificielle suit probablement le même chemin. Beaucoup imaginent aujourd’hui qu’elle constitue la révolution. En réalité, elle n’en est peut-être que la matière première.

Une civilisation ne se définit pas en effet par les technologies qu’elle possède, mais par ce qu’elle décide d’en faire. Une IA peut servir à automatiser des tâches, à améliorer l’éducation, à renforcer les systèmes de santé ou à faciliter la recherche scientifique, mais la technologie devient alors comparable à la pierre, au bois ou à l’acier : un matériau avec lequel une société construit ses institutions, ses règles et son mode de vie.

Le véritable défi ne consiste donc plus à inventer des outils toujours plus performants, mais à imaginer les civilisations qu’ils rendront possibles.

Porte n°2 — Les entreprises deviennent progressivement des architectes de modes de vie.

Pendant très longtemps, une entreprise fabriquait un produit, le vendait, puis recommençait. Son rôle se limitait essentiellement à répondre à un besoin précis, mais cette logique semble progressivement évoluer. Certaines entreprises cherchent désormais à organiser des pans entiers de notre quotidien. Elles conçoivent des environnements où les produits, les services, les logiciels et les expériences fonctionnent ensemble. Elles ne vendent plus uniquement un objet : elles proposent plutôt une manière d’habiter, de communiquer, d’apprendre, de se déplacer ou de travailler.

L’enjeu économique change alors profondément. La concurrence ne porte plus seulement sur la qualité d’un produit, mais sur la capacité à créer un univers cohérent dans lequel chacun trouve naturellement sa place. Demain, les entreprises les plus influentes ne seront peut-être plus celles qui fabriqueront les meilleurs objets, mais celles qui réussiront à imaginer les modes de vie les plus désirables.

Porte n°3 — L’intelligence artificielle devient un compagnon de civilisation.

Nous utilisons aujourd’hui l’intelligence artificielle principalement comme un outil. Nous lui posons des questions, nous lui demandons de rédiger un texte ou de rechercher une information mais cette relation pourrait évoluer beaucoup plus rapidement que nous ne l’imaginons.

L’IA pourrait progressivement devenir un compagnon de la vie quotidienne. Elle accompagnerait les apprentissages, aiderait à comprendre des situations complexes, elle faciliterait les décisions importantes ou transmettrait les connaissances accumulées par l’humanité.

Elle ne remplacerait pas les enseignants, les médecins, les chercheurs ou les créateurs. Elle agirait plutôt comme un intermédiaire permanent entre le savoir et chaque individu. Dans une telle société, chacun disposerait d’un conseiller personnel capable de s’adapter à son niveau de connaissances, à ses projets et à ses besoins. L’accès à l’intelligence ne dépendrait plus uniquement des institutions, mais deviendrait un service permanent.

L’enjeu ne serait plus seulement de construire une intelligence artificielle performante, mais de créer une intelligence qui aide une civilisation entière à mieux apprendre, mieux décider et mieux coopérer.

Porte n°4 — Les sociétés qui réussiront seront probablement celles capables d’inventer les nouvelles règles de la vie quotidienne.

Chaque grande civilisation a établi des règles qui ont façonné leurs propres époques. L’invention de l’école moderne, des systèmes de santé, des transports publics ou encore des institutions démocratiques ont profondément transformé la vie des citoyens, mais aujourd’hui, une nouvelle génération de règles reste encore à inventer.

De nouvelles questions se posent donc :

Comment organiser le travail lorsque l’IA automatise une partie des tâches ? Comment transmettre le savoir lorsque chacun dispose d’un assistant intelligent ? Comment protéger les libertés individuelles dans un monde où les données deviennent omniprésentes ? Comment construire des villes, des commerces ou des administrations capables de collaborer avec des intelligences artificielles ?

Ces questions dépassent très largement le cadre technologique. Elles concernent directement l’organisation de la société. D’ailleurs la véritable compétition internationale ne portera peut-être plus uniquement sur la puissance économique ou militaire, mais sur la capacité des nations à inventer des règles simples, efficaces et humaines permettant à chacun de vivre pleinement dans ce nouvel environnement.

Les grandes civilisations de demain ne seront probablement pas celles qui auront créé les technologies les plus avancées. Elles seront celles qui auront réussi à les intégrer dans une manière de vivre plus harmonieuse, plus créative et plus durable.

LES CONNEXIONS INVISIBLES

À première vue, l’Intelligence Artificielle, la robotique, les entreprises d’Elon Musk, l’Internet ou encore les nouvelles institutions semblent raconter des histoires différentes. Mais en réalité, tous ces éléments racontent exactement la même histoire. L’automobile, le spatial, l’informatique, l’éducation, la santé et les télécommunications évoluent tous dans le même sens.

Pendant deux siècles, nous avons perfectionné nos outils.Nous commençons maintenant à redessiner l’environnement dans lequel ces outils seront utilisés. Aujourd’hui, nous ne construisons plus seulement des technologies. Nous construisons les conditions de la vie future. Nous avons inventé des machines plus rapides, des ordinateurs plus puissants, nous avons développé des réseaux plus performants et des logiciels plus intelligents.

Chaque innovation améliorait une fonction particulière. Il fallait produire davantage, communiquer plus vite, transporter plus loin et calculer plus précisément. Mais aujourd’hui, quelque chose de beaucoup plus profond est en train de se produire. Nous ne perfectionnons plus uniquement les outils. Nous commençons au contraire progressivement à transformer l’environnement dans lequel ces outils fonctionneront.

Lorsque nous observons l’actualité, nous avons souvent l’impression d’assister à une succession d’événements sans véritable lien. Une nouvelle intelligence artificielle apparaît. Tesla construit un robot humanoïde. SpaceX lance une nouvelle constellation de satellites. Apple transforme progressivement notre habitat. Des universités expérimentent de nouvelles formes d’enseignement. Des gouvernements réforment leur système de santé et des entreprises développent des assistants personnels toujours plus intelligents.

Internet n’est plus aujourd’hui un simple réseau. Il devient davantage le système nerveux de la planète. L’Intelligence Artificielle quant à elle n’est plus un logiciel. Elle devient un compagnon cognitif. Les robots ne sont plus uniquement des machines industrielles. Ils deviennent progressivement des collègues, des assistants et parfois des partenaires du quotidien.

Les satellites cessent d’être uniquement des outils spatiaux. Ils deviennent l’infrastructure permanente d’une communication mondiale. Les maisons intelligentes cessent d’être des gadgets. Elles deviennent un nouvel environnement domestique. Les universités cessent d’être uniquement des lieux. Elles deviennent plutôt des compagnons d’apprentissage tout au long de la vie. Chaque innovation dépasse désormais son secteur d’origine. Elles deviennent bien au contraire une pièce de systèmes beaucoup plus vastes !

OpenAI ne développe plus non plus uniquement une intelligence artificielle. Elle participe désormais à la création d’un nouveau mode d’interaction entre les humains et les connaissances. À mesure que leurs technologies convergent, ces entreprises deviennent moins des fabricants que des architectes de nouveaux modes de vie.

Une civilisation ne repose jamais uniquement sur ses technologies. Elle repose aussi sur ses règles :

Ses écoles, ses assurances, ses systèmes de santé, ses administrations ou bien encore ses habitudes.

Lorsque l’environnement change profondément, les institutions finissent toujours par changer elles aussi. Si les robots travaillent, le travail change. Si l’IA enseigne, l’école change. Si la médecine devient prédictive, la sécurité sociale change. Si les humains vivent cent vingt ans, les retraites changent. Si les maisons deviennent intelligentes, l’urbanisme change. Donc chaque innovation technique entraîne progressivement une innovation institutionnelle.

Ce qui rend notre époque si particulière n’est pas la vitesse des innovations, il s’agirait plutôt de leur synchronisation.

Pour la première fois dans l’histoire moderne, plusieurs infrastructures majeures évoluent simultanément :

Aucune des évolutions dont nous venons de parler n’est véritablement indépendante, car elles se renforcent mutuellement. L’IA accélère la robotique. La robotique accélère l’industrie. L’industrie accélère la recherche spatiale. Le spatial améliore les communications. Les communications alimentent l’IA. L’IA transforme ensuite l’éducation, la médecine et les entreprises. Nous assistons donc à une seule métamorphose qui progresse simultanément sur plusieurs fronts.

Ce que le Labo 2040 cherche à révéler

Le rôle du Labo 2040 n’est pas seulement d’identifier les innovations. Il consiste à découvrir les liens invisibles qui les unissent. C’est souvent dans ces liens que se cache le véritable futur :

Une innovation isolée améliore un secteur, mais plusieurs innovations reliées entre elles peuvent transformer une civilisation toute entière. Les grandes ruptures historiques ne naissent presque jamais d’une invention unique. Elles apparaissent lorsque des dizaines d’innovations commencent soudain à fonctionner ensemble et c’est probablement ce moment que nous sommes en train de vivre aujourd’hui.

Le futur ne naît pas lorsqu’une technologie apparaît. Il naît lorsque des technologies, des entreprises et des institutions commencent à évoluer dans la même direction. C’est une différence importante.

Une civilisation n’est pas une somme de technologies. C’est un système de connexions entre des technologies, des institutions, des entreprises et des modes de vie. Comprendre ces connexions, c’est commencer à comprendre le futur.

LE BÂTISSEUR

Ici, Elon Musk s’impose naturellement. Non parce qu’il est l’homme le plus riche du monde (sur le papier, mais qu’en est-il vraiment dans la réalité), mais parce qu’il ne construit jamais un produit isolé. Il construit des systèmes:

Des voitures, des satellites, des IA, des robots, il développe de nouveaux moyens de produire et de distribuer de l’énergie et par dessus tout, il veut faire de l’humanité une espèce interplanétaire qui va nous envoyer sur la planète Mars, mais aussi de mettre un premier pas dans la conquête de notre propre galaxie. Chacune de ses entreprises semble renforcer les autres. Il s’agit ici d’une logique de civilisation, plus que de simples entreprises.

PROTOTYPE DE CIVILISATION

Imaginons maintenant une journée ordinaire en 2040 :

Du réveil jusqu’au coucher du soleil. Comment apprend-on ? Comment travaille-t-on ? Comment se soigne-t-on ? Comment se déplace-t-on ? Comment échange-t-on ? Comment prend-on une décision politique ?

Jusqu’à présent, nous avons beaucoup décrit les éléments qui composent une civilisation : les entreprises, les institutions, l’IA, les nouvelles infrastructures, les règles de la vie quotidienne. Mais le cerveau humain comprend encore mieux une idée lorsqu’il la vit plutôt que lorsqu’il la lit.

Une journée ordinaire en 2040

6 h 45

La maison et le réveil matin ne sonnent plus. La maison observe. Pendant la nuit, elle a analysé le sommeil de ses habitants. Elle sait qui a besoin de récupérer davantage. Qui doit travailler plus tôt. Qui peut commencer sa journée plus lentement. Les volets s’ouvrent progressivement. La température est déjà adaptée. Le petit-déjeuner n’est plus seulement préparé selon les goûts. Il est préparé selon les besoins physiologiques du jour. L’intelligence artificielle domestique ne décide plus mais désormais elle conseille, exactement comme le ferait un médecin de famille silencieux.

7 h 30

Les enfants ne partent plus forcément dans la même école. Leur première heure est souvent virtuelle. Leur académie d’évolution permanente adapte les cours en fonction de leurs progrès et les enseignants sont toujours présents. Ils consacrent beaucoup moins de temps à transmettre des connaissances et apprennent désormais aux élèves à raisonner, à créer, à coopérer et à résoudre des problèmes.

Chaque élève avance à son propre rythme et les différences deviennent une richesse plutôt qu’un problème administratif.

8 h 30

Le travail commence. Pas tout à fait du travail plutôt la mission du jour car les carrières linéaires appartiennent presque au passé. Beaucoup de personnes collaborent simultanément avec plusieurs organisations. Certaines sont humaines et certaines sont composées principalement d’agents IA. La frontière entre salarié, indépendant et entrepreneur devient beaucoup plus floue.

L’intelligence artificielle prépare les analyses et les humains prennent les décisions qui nécessitent intuition, créativité, empathie ou responsabilité.

10 h 15

Une réunion internationale commence, mais personne ne parle la même langue. Pourtant chacun entend instantanément sa langue maternelle. Les barrières linguistiques ont pratiquement disparu. Les décisions se prennent donc beaucoup plus rapidement.

La mondialisation devient enfin conversationnelle.

11 h 30

Une alerte médicale apparaît. Les capteurs biologiques ont détecté plusieurs marqueurs annonçant une inflammation. Le traitement est alors immédiatement ajusté. Les maladies sont de plus en plus souvent anticipées plusieurs semaines avant l’apparition des premiers symptômes. La médecine soigne moins, mais elle empêche d’avantages plutôt que de guérir.

12 h 30

Le repas provient d’une agriculture radicalement différente. Les cultures sont entretenues par des essaims de robots.  Les drones surveillent les parcelles. Les IA agricoles optimisent les ressources. Les aliments sont plus locaux, mais ils sont également plus personnalisés. Chaque citoyen possède pratiquement son propre profil nutritionnel.

14 h 00

Un quartier souhaite réaménager une place publique. Autrefois, un conseil communal aurait travaillé pendant plusieurs mois, mais aujourd’hui, plusieurs centaines de simulations sont générées instantanément.

Les habitants peuvent littéralement se promener dans chacune d’elles avant de voter. La démocratie devient plus concrète et les débats portent moins sur des promesses, mais davantage sur des prototypes.

16 h 30

Une nouvelle compétence devient nécessaire. Chaque citoyen dispose d’un droit permanent à la formation. L’académie d’évolution (autrefois appelée le système scolaire) permanente propose immédiatement un parcours personnalisé. Quelques semaines plus tard, la transition professionnelle est déjà engagée. On ne parle plus vraiment de reconversion mais plutôt d’évolution continue.

18 h 00

Les transports ressemblent davantage à un réseau vivant. Les véhicules autonomes circulent en permanence. Ils appartiennent rarement aux particuliers. Ils viennent chercher les voyageurs lorsque ceux-ci en ont besoin. Le stationnement est devenu presque inutile et les villes récupèrent progressivement des milliers d’hectares auparavant consacrés aux automobiles et surtout aux parkings. Rappelons qu’une ville comme Los Angeles consacrait la moitié de sa superficie à ceux-ci. Cela ne veut pas dire pour autant que les prix de l’immobilier ont chuté drastiquement, mais les villes peuvent abriter désormais plus de citoyens.

20 h 00

Le dîner réunit plusieurs générations. Certaines personnes sont physiquement présentes mais d’autres apparaissent sous forme holographique ou immersive. La distance géographique perd progressivement son importance. La famille et les amis s’étendent désormais au-delà des frontières. C’est déjà le cas en 2026, mais ça le sera d’autant plus en 2040.

21 h 30

Avant de s’endormir, chacun consulte son compagnon numérique, non pas pour faire défiler des contenus mais plutôt pour réfléchir. Cette IA résume les événements de la journée et propose plusieurs scénarios pour le lendemain. Elle aide à prendre des décisions, elle explique les conséquences possibles et désormais elle est devenue un partenaire de réflexion.

22 h 30

La maison passe en mode nocturne, toutes les batteries se rechargent automatiquement et les robots domestiques travaillent toute la nuit afin que la maison soit parfaitement tenue pour le matin. Les infrastructures urbaines profitent aussi de la nuit pour effectuer leurs propres opérations de maintenance pendant que les habitants dorment. La civilisation continue discrètement de fonctionner dans un silence absolu, car il serait absolument difficile de travailler dans un vacarme mêlant bruit de moteur, de machines à laver le linge ou de lave-vaisselle…

Ce que cette journée révèle réellement

Cet exercice d’anticipation de ce que pourrait être une journée en 2040 ne trouve pas forcément sa finalité dans la technologie. Les robots, les intelligences artificielles, les véhicules autonomes ou les capteurs médicaux n’étant que des outils.

Le véritable changement est ailleurs :

En 2040, la société ne sera plus organisée autour des institutions héritées du XXᵉ siècle, mais autour de l’accompagnement permanent de chaque individu et de ce qu’il est arrivé à construire depuis – il s’agit d’environ 50 années si l’on s’en tient seulement aux seules années 80, mais on pourrait aussi remonter jusqu’aux années 1960 – et l’école en 2040 devient une académie d’évolution continue. Le système de santé devient prédictif. Les entreprises ne vendent plus seulement des produits : elles orchestrent des environnements de vie. Les villes ne sont plus conçues pour les voitures, mais pour les personnes avant tout. Même la démocratie évolue, en permettant aux citoyens d’explorer des futurs concrets avant de choisir.

Autrement dit, la civilisation n’a pas seulement changé ses technologies.

Elle a changé sa manière d’organiser la vie quotidienne.

L’OBJET DU FUTUR

Le passeport de civilisation.

Il ne s’agit pas ici d’un simple document administratif, mais plutôt d’un compagnon numérique qui vous accompagne dans tous les systèmes possibles :

Il pourrait ici s’agir de formations, de votre état de santé, de votre mobilité, de vos obligations administratives, de vos ressources énergétiques, de la gestion de votre habitat ou de tout ce qui concerne votre vie…

Cinq questions d’ordre plus philosophiques à se poser :

  • Une civilisation peut-elle être conçue ?
  • Les démocraties devront-elles inventer de nouvelles institutions ?
  • Les entreprises deviendront-elles des bâtisseurs de civilisation ?
  • Les villes seront-elles les véritables laboratoires du XXIᵉ siècle ?
  • La qualité d’une civilisation sera-t-elle bientôt mesurée par la qualité de la vie quotidienne ?

Le catalogue des innovations de civilisation

L’Innovation n°018

Créer une Académie d’évolution permanente pour accompagner chaque citoyen tout au long de sa vie professionnelle grâce à des mentors humains, des IA spécialisées et des simulations immersives. Les Universités, les entreprises, les États ou les éditeurs d’IA pourraient s’intéresser pour ce domaine afin d’envisager le futur.

Premier marché :
Reconversion professionnelle.

Marché mondial estimé :
Formation continue, recrutement, RH, assurance emploi.

Maturité estimée :
2032-2040.

D’autres idées :

  • Développer des IA qui copient celles des autres pose la question de l’innovation véritable.
  • Le projet global d’Elon Musk montre qu’un visionnaire construit un écosystème complet plutôt qu’un produit.
  • Les bâtisseurs de civilisation expliquent que les idées transforment durablement les sociétés.
  • Le danger ne vient pas de Terminator rappelle que la question centrale n’est pas la machine, mais les institutions et les êtres humains qui la dirigent. 

Innovation n°019

Le Cartographe de civilisation

Il s’agit ici de créer un nouveau métier chargé de cartographier les interactions entre les technologies, les institutions, les entreprises et les citoyens afin d’anticiper les effets secondaires d’une innovation. Aujourd’hui nous avons des urbanistes, mais demain nous pourrions avoir des urbanistes… de civilisation.

Les clients possibles pourraient être les États, les grandes villes, les grandes entreprises ou des organismes multilatéraux comme l’ONU ou bien encore l’Union Européenne.

Premier marché
Prospective stratégique.

Maturité
2030-2038.

Innovation n°020

L’Entreprise d’orchestration de vie quotidienne

Aujourd’hui une entreprise vend un produit. Demain elle pourrait organiser une partie entière de votre existence, par exemple si vous achetez un véhicule l’entreprise pourrait gérer ensuite automatiquement votre assurance, votre énergie, votre stationnement, votre recharge, votre entretien, vos déplacements multimodaux ou bien encore vos abonnements. Cette entreprise ne vendrait plus seulement une voiture. Elle vendrait avant tout une infrastructure de mobilité complète.

Innovation n°021

Le Conservateur de parcours de vie

Aujourd’hui chacun accumule les diplômes, les expériences, les données médicales, les compétences ou bien encore les certifications.

Demain quelqu’un devra organiser toute cette mémoire. Il pourrait même d’ailleurs devenir le gestionnaire de votre Passeport de civilisation. Il s’agirait d’un nouveau métier entre un coach, un archiviste ou bien encore un conseiller qui serait à son tour épaulé par une IA.

Innovation n°022

Le Bureau des transitions

Chaque grande transition pourrait être accompagnée d’un premier emploi, d’une naissance, d’un déménagement, de la création d’une entreprise, du suivi d’une maladie ou d’un départ à la retraite.

Le Bureau des transitions réunirait dans ce cas des IA, des psychologues, des juristes, des spécialistes RH, ou bien encore des assistants administratifs. Il s’agirait alors d’une seule structure pour accompagner tous les changements importants.

Innovation n°023

L’Indice de Qualité de Civilisation

Aujourd’hui les pays sont comparés grâce au PIB. Mais est-ce que cet indice sera justifié dans l’avenir ?

Demain on pourrait mesurer par exemple comme indice de confort des sociétés le temps libre réel, la qualité des relations sociales, l’accès aux connaissances, le taux de qualité de l’air que l’on respire, les facilités d’accès aux charges administratives ou bien encore la qualité de la santé préventive, celle de la résilience énergétique, de la mobilité, ou la confiance que s’accordent les citoyens entre eux.

Une entreprise pourrait produire cet indice mondial.

Innovation n°024

Le Designer de règles de vie

Il s’agirait d’une profession entièrement nouvelle. Son travail consisterait à imaginer les règles qui permettraient aux humains et aux IA de vivre ensemble.

Il travaillerait à mi-chemin entre le philosophe, le rôle du juriste, celui du sociologue ou bien encore celui du designer.

Innovation n°025

Les Simulateurs de civilisation

Avant de construire une nouvelle loi, avant de créer une ville ou bien encore avant d’autoriser une IA, on lancerait tout d’abord une simulation. Exactement comme un jumeau numérique mais appliqué à toute une société. Les clients pourraient être des gouvernements, des métropoles ou bien encore des institutions internationales.

Innovation n°026

Le Concierge de civilisation

Le concierge de civilisation serait une IA personnelle qui connaît vos compétences, votre santé, votre mobilité, vos finances, vos droits, vos projets, votre logement et vos objectifs. Elle coordonnerait l’ensemble et deviendrait le véritable chef d’orchestre d’un Passeport de civilisation.

Innovation n°027

Les Architectes d’écosystèmes

Aujourd’hui Apple construit un écosystème numérique. Tesla construit quant à elle un écosystème énergétique. SpaceX construit un écosystème spatial et demain certaines entreprises construiront des écosystèmes complets autour de l’éducation, de la santé, de l’alimentation, de la mobilité ou bien autour du vieillissement.

Leur métier ne sera plus de vendre des objets. Leur métier sera de concevoir des modes de vie.

Innovation n°028

Les Laboratoires municipaux de civilisation

Chaque grande ville disposerait d’un laboratoire permanent. Leur mission consisterait à tester les innovations de la vie quotidienne. Elles pourraient explorer de nouvelles opportunités de mobilité, adopter de nouveaux horaires pour les employés ou pour les citoyens, développer des systèmes de démocratie numérique ou de développement d’énergies locales ou encore de robotique urbaine.

Conclusion :

« Pendant longtemps, nous avons cru que le progrès consistait à construire des machines toujours plus puissantes. Ce numéro nous invite à envisager une autre hypothèse : le véritable défi n’est peut-être plus d’inventer de nouvelles technologies, mais de concevoir les règles, les institutions et les organisations qui permettront de vivre avec elles. Les civilisations ne se résument jamais à leurs outils ; elles se définissent par la manière dont elles choisissent de les utiliser. Les bâtisseurs de demain ne seront donc pas uniquement des ingénieurs ou des entrepreneurs. Ils seront aussi des architectes de la vie quotidienne. À nous désormais de décider si nous voulons simplement observer cette nouvelle civilisation apparaître… ou participer à sa construction. 

Rendez-vous dans le prochain Labo 2040.

Cordialement, Allan K !

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