Quels sont les paramètres d’une véritable réussite ? 

Nous avons ces dernières semaines consacré beaucoup de temps à la découverte des personnages qui ont réussi à développer les écosystèmes économiques qui ont véritablement changé le monde et à ceux qui avaient tout ce qu’il fallait pour en faire de même, mais qui n’ont pas vraiment réalisé qu’un produit n’est pas la chose unique dont il faut prendre en compte. Au contraire c’est plutôt l’importance de ce qui l’entoure. Pourtant pour nombre d’entre eux, leurs créations leur ont survécu et il ne suffirait que de penser à Léonard de Vinci ou à Johannes Gutenberg pour s’en rendre compte. 

Nous avons aussi vu que sans l’entourage qui accompagne le produit, ce dernier ne peut tout simplement pas survivre. Au mieux, il pourra avoir un certain succès et au pire il mourra de sa belle mort car dans un premier cas il est trop révolutionnaire que pour pouvoir se passer d’un nouvel environnement qui aurait dû être créé pour lui, et dans l’autre cas le produit est tellement médiocre qu’il n’apporte rien de nouveau à la société ou entre directement en compétition avec des produits déjà existants. Ses créateurs imaginant pouvoir se faire une place au paradis quand d’autres avaient décidé de le faire bien auparavant.

En bref, les choses ne sont pas simples dans le monde de l’entreprise !

Nous confondons plusieurs réussites…

Réussir personnellement,
réussir son entreprise et réussir à faire exister son idée dans le monde. Voici exactement les trois niveaux requis pour qu’un individu puisse transformer le monde. Mais encore faudrait-il paramétrer les éléments qui déterminent la notion de réussite. Après ceux qui construisent, puis ceux qui échouent, malgré une bonne idée, nous en arrivons à une question plus fondamentale : 

Qu’est-ce que réussir, au juste ?

Le point le plus intéressant serait justement de ne pas réduire la réussite à l’argent car une véritable réussite peut être à la fois personnelle, économique, organisationnelle, sociale et civilisationnelle et ces dimensions ne coïncident pas nécessairement.

On dit que quelqu’un « a réussi » comme s’il existait une unité de mesure universelle. Pourtant, il faudrait probablement en distinguer au moins cinq niveaux.

Il y a tout d’abord le fait de réussir personnellement : 

Avoir construit une existence correspondant à ses propres objectifs, conserver une certaine autonomie, apprendre, progresser et être capable de choisir ce que l’on fait de son temps.

Ensuite le fait de réussir économiquement c’est à dire parvenir à créer suffisamment de valeur pour que l’activité puisse vivre, rémunérer ceux qui y participent, financer son développement et résister aux périodes difficiles.

Il faut aussi réussir à construire son organisation, à savoir faire quelque chose qui fonctionne sans dépendre en permanence de son créateur. La réussite des idées est tout aussi importante qu’elle permet de faire en sorte qu’une innovation dépasse son inventeur et soit adoptée, reproduite, améliorée ou intégrée dans la société.

Et enfin, il faut aussi réussir historiquement en ayant modifié durablement une manière de produire, de communiquer, de travailler, d’apprendre, de se déplacer ou simplement de vivre et c’est là que Gutenberg devient extraordinairement intéressant:

Il connaît des difficultés financières considérables et perd même le contrôle de son atelier. Si nous mesurons sa réussite uniquement à son patrimoine personnel, le résultat est pour le moins mitigé. Mais si nous la mesurons à la transformation qu’il contribue à provoquer, sa réussite devient gigantesque.

Voici la leçon que nous devons en retenir : 

On peut échouer comme entrepreneur et réussir comme bâtisseur de civilisation. Et inversement, quelqu’un peut devenir immensément riche sans avoir fondamentalement changé quoi que ce soit. Mais la question est avant tout ici de savoir précisément ce qu’il aura fait pour contribuer pour faire avancer le monde ?

Que faut-il pour réussir personnellement ?

La première condition de la réussite consiste peut-être à savoir ce que l’on accepte pour réussir ou ne pas réussir. Pour entrer dans les détails, les ressources dont dispose un individu sont limitées : 

Le temps, l’énergie, l’argent, l’attention, les compétences et les relations personnelles sont des éléments dont personne ne peut disposer à profusion. Donc celui qui veut simultanément maximiser sa fortune, sa liberté, sa notoriété, sa sécurité, son pouvoir, sa vie familiale et ses loisirs risque de découvrir que certains objectifs sont contradictoires. Mais avant de réussir, encore faut-il savoir quel jeu on est en train de jouer.

Léonard de Vinci est fascinant précisément parce qu’il montre la différence entre imaginer quelque chose et disposer de l’environnement permettant de le construire. La réussite personnelle suppose ici progressivement de transformer  la connaissance, les compétences, la réalisation, l’expérience, la réputation et enfin la capacité d’action. Chaque étape augmente la possibilité d’entreprendre quelque chose de plus important.

L’argent est important, mais essentiellement parce qu’il peut acheter autre chose pour permettre plus de marge de manœuvre :

Une personne disposant de six mois pour développer une idée n’est pas dans la même situation que celle qui doit obtenir un résultat vendredi prochain. Une entreprise possédant des réserves financières peut expérimenter là où une entreprise surendettée doit immédiatement produire du chiffre d’affaires. 

Construire plutôt qu’accumuler ?

Accumuler de l’argent, des connaissances, des contacts ou de la reconnaissance n’est pas nécessairement construire. Construire signifie avant tout relier ces ressources pour produire quelque chose qui fonctionne.

Une réussite extraordinaire pendant deux ans peut finalement devenir un échec. Une entreprise modeste qui progresse pendant trente ans peut devenir extrêmement puissante, mais il faut pouvoir traverser au travers  des erreurs, des crises, des changements technologiques, des concurrents, des problèmes personnels et parfois simplement de la malchance.

Les individus qui construisent durablement semblent posséder une capacité assez paradoxale :

Ils sont extrêmement obstinés sur la destination et beaucoup plus souples sur le chemin qu’ils doivent prendre. L’inverse est par contre dangereux car s’accrocher à un produit parce qu’on l’aime alors que personne n’en veut n’est pas de la persévérance. C’est parfois simplement refuser la réalité.

Nous aimons raconter la réussite à travers des individus parce que cela produit de belles histoires : 

Gutenberg, Ford, Jobs ou Musk en sont la preuve, mais la réussite durable commence probablement lorsque le fondateur cesse d’être indispensable et à partir de là apparaissent les collaborateurs, les fournisseurs, les investisseurs, les clients, les ingénieurs, les institutions, les infrastructures, les formations, les réseaux de distribution et même parfois les concurrents.

Avant toutes choses, il paraît important de se poser une question indispensable voire même essentielle : 

Le monde est-il différent parce que j’ai réussi ?

Cette question bouleverse complètement notre définition habituelle, car un milliardaire dont l’entreprise disparaît vingt ans après sa mort aura incontestablement connu une réussite financière. Mais quelqu’un ayant créé une idée utilisée cent ans plus tard aura peut-être connu une réussite beaucoup plus considérable sans avoir jamais été riche.

Gutenberg est alors fascinant. Léonard de Vinci ou Nikola Tesla le sont  également. Et on pourrait remonter beaucoup plus loin car certains bâtisseurs n’ont même pas assisté aux conséquences de ce qu’ils avaient commencé.

Que faut-il pour réussir personnellement ? 

Que faut-il pour réussir une entreprise ? 

Et surtout, que faut-il pour réussir quelque chose de beaucoup plus rare, à savoir de construire une idée capable de continuer d’exister lorsque son créateur n’est plus là?

On pourrait donc définir les différentes formes de réussite ainsi :

La réussite économique consiste à créer suffisamment de valeur pour assurer la pérennité d’une activité, rémunérer ceux qui y participent et disposer des ressources nécessaires pour continuer à évoluer. La réussite juridique apparaît quant à elle lorsqu’une innovation parvient à trouver sa place dans le droit, voire oblige celui-ci à évoluer pour reconnaître de nouvelles pratiques, responsabilités ou formes d’organisation.

Ensuite arrive la dimension historique, elle commence lorsqu’une réalisation survit à son époque et devient un repère durable dans l’évolution d’une société. Puis vient la réussite culturelle qui se produit lorsqu’une idée, un objet ou une œuvre entre dans l’imaginaire collectif et influence durablement les comportements, les représentations ou les aspirations.


Il y ensuite la réussite sociologique qui intervient lorsqu’une innovation transforme concrètement les relations entre les individus, les groupes, les institutions ou les générations. Et puis, la réussite philosophique arrive enfin, et est peut-être la plus profonde car elle consiste à modifier notre manière de penser le monde, notre place dans celui-ci et ce que nous considérons comme souhaitable ou possible.


Ainsi, la réussite économique permet à une idée de vivre ; la réussite juridique lui donne une place ; la réussite historique lui donne une durée ; la réussite culturelle lui donne un sens collectif ; la réussite sociologique transforme les comportements ; et la réussite philosophique transforme notre manière de penser.

Vous avez donc maintenant tous les éléments en main pour ne pas sombrer dans l’échec. Il ne vous reste donc plus qu’à réussir!

Sébastien Colson 

C’était bien ?

Bon…

Mais ce n’est pas tout, car une époque formidable c’est aussi un site Web et des centaines de réflexions qui traitent des problématiques de notre monde et c’est aussi…

Un bureau de rédaction, d’illustration et un service de sponsoring !

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