Bruno Le Maire s’emballe, et pendant ce temps Jeff Bezos gagne un nouveau pari et rend le nettoyage spatial impératif. La folle histoire de l’espace commence…

Bruno Le Maire n’est jamais vraiment à court de grands projets. Il se veut – en tout bon français – égal à son égo américain. Les américains dominent le cloud (hors Chine), Bruno Le Maire veut un cloud européen. Les américains dominent l’IA (hors Chine) Bruno Le Maire veut un secteur de l’IA européen. Les américains déploient des constellations de satellites distribuant l’Internet à haut débit, partout sur la planète, Bruno Le Maire veut exactement le même​ pour l’Union Européenne.

Aujourd’hui, les américains ont SpaceX et ses lanceurs récupérables et bien devinez quoi ? 

Oui, Bruno Le Maire veut un SpaceX européen (de préférence français)​ et des lanceurs réutilisables. Bref, Bruno Le Maire veut tout ce que les autres ont mis sur pied, sans jamais s’être demandé s’il était possible d’innover dans d’autres domaines…

Une bien triste histoire…

Alors que la réussite du lancement du premier exemplaire d’Ariane 6 est encore une (énorme) interrogation, Bruno Le Maire rêve de conquérir l’espace en voulant faire d’Ariane Group, un nouveau SpaceX. Le but étant de donner à la fusée européenne les mêmes​ compétences que sa consoeur américaine. Entre autres, développer des lanceurs réutilisables. C’est une idée intéressante, mais même si nous en avons les moyens technologiques et peut être​ financiers, on doit bien avouer que les ambitions n’ont jamais vraiment été à la hauteur de l’aventure. Faut-il rappeler que, quand Elon Musk a dit qu’il voulait faire revenir ses lanceurs sur la terre, la plupart des huiles de l’ESA ont levé les bras au ciel en proclamant que ce n’était pas possible. L’ancien patron de l’agence spatiale européenne Jan Wörner refusait par ailleurs toute éventualité de développer des lanceurs réutilisables sous prétexte que l’UE n’avait pas besoin de lancer autant de satellites que pour développer un projet de cet ampleur. Wörner démontrait en effet une ambition très largement inférieure à celle de la Nasa, mais peut-on vraiment s’en étonner ?

Le manque d’ambition, de volonté et de créativité européen, est malheureusement doublé d’un certain côté obscur dans lequel se mélangent un climat syndical étouffant et un esprit pragmatique général qui nous empêche de voir les choses autrement. Bref nous sommes écrasés par l’immobilisme et lorsque la réalité nous ouvre les yeux, souvent il est trop tard pour rattraper les autres. Mais il y a néanmoins un aspect intéressant concernant le prétendu réveil du ministre de l’économie et des finances français, à savoir… une lutte ancienne qui oppose Boeing et Airbus.

Une copie n’est jamais qu’une copie…

Bruno Le Maire voudrait ainsi que la compétition entre SpaceX et Ariane Group soit la même que celle qui oppose les deux avionneurs. Et bien entendu, nous savons qu’ Airbus est le grand gagnant par rapport à un concurrent américain qui à le nez plongé dans les problèmes, tant dans son secteur de prédilection que dans la conquête spatiale. Le Maire s’est donc peut-être imaginé que si les choses allaient positivement dans le domaine de l’aviation, c’était probablement possible dans le domaine des lanceurs spatiaux. C’est en effet possible sur le long terme, mais il faut quand même admettre que nous avons des années de retard à rattraper. Airbus est le partenaire de Safran dans Ariane Group, mais cela ne signifie en rien que l’entreprise pourrait aider l’UE à entrer en compétition directe avec les USA. D’autres part, Airbus n’affronte pas Boeing, mais bien SpaceX. Ce qui est très différent. Il faut encore ajouter à cela que d’ici à ce que les européens soient arrivés au même​ niveau de compétitivité de l’entreprise d’Elon Musk, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts et il est très probable qu’à ce moment une routine se soit déjà installée par rapport aux transport de passagers dans l’espace. Car nous parlons ici d’une aventure qui est bien plus difficile à mettre en place qu’une simple mise en circulation d’un véhicule sur la route. Il s’agit ici d’envoyer des voyageurs vers des stations en orbite basse (Crew 1 et Crew 3), en voyage touristique autour de la terre (Crew 2) ou tout simplement sur la Lune. Et pour atteindre ces objectifs, il faudrait tout d’abord que ceux qui sont chargés de les atteindre puissent en avoir les ambitions. Ce qui est loin d’être le cas​ en ce qui concerne une Union Européenne qui abrite une population extrêmement critique envers ces millia​rdaires qui ont l’audace de s’offrir des voyages dans l’espace. Dans la ligne de mire, il y a bien entendu Jeff Bezos et son entreprise Blue Origins qui vient de décrocher un contrat avec la Nasa pour déployer des stations spatiales privées, pouvant accueillir des touristes, des hommes d’affaires ou des scientifiques. 

Un nettoyage impératif, sinon… rien !

Ces stations devraient être le véritable point de départ de la conquête spatiale par l’homme. Rappelons que jusqu’ici, seuls les pouvoirs publics avaient un monopole dans le domaine. Demain les choses seront très différentes car plus les voyages spatiaux vont être nombreux, plus les prix chuteront. Et plus les prix chutent, plus la demande est forte. Le nombre de stations en orbite basse (et pourquoi pas plus loin) va donc augmenter avec le temps. Nous allons donc progressivement nous écarter de la terre pour vivre d’autres expériences et en ramener un savoir qui nous mènera toujours un peu plus loin. Néanmoins, un problème majeur pourrait empêcher cette évolution presque naturelle et il n’est autre que la pollution spatiale…

Nous ne pourrons pas développer des réseaux de stations scientifiques ou touristiques si nous ne trouvons pas une solution aux problèmes des déchets spatiaux. Il faut savoir qu’un déchet de 10 cm qui gravite autour de la terre peut atteindre 28.000 kilomètres par heure. C’est suffisant pour percer un module d’une station en orbite. Investir plusieurs milliards de dollars dans ce type de projet et ne pas envisager en parallèle de mettre sur pied des solutions pour pallier à ce problème, serait purement et simplement suicidaire. La colonisation de l’orbite basse va donc aller de paire avec le nettoyage spatial. Étrangement donc, l’économie spatiale commence donc par un souci écologique obligatoire. C’est d’ailleurs un paradoxe assez extraordinaire par rapport à une économie traditionnelle qui conclut son passage dans l’histoire par un fiasco écologique…

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