Notre premier numéro répondait à la question : « Comment les idées deviennent-elles des infrastructures ? » Celui-ci peut aller encore plus loin et poser une question beaucoup plus vaste :
Et si le XXIᵉ siècle devenait une compétition entre des modèles de civilisation ?
C’est exactement ce que suggèrent les quatre articles réunis dans la lettre : Apple et l’habitat intelligent, les 250 ans des États-Unis, les gains de productivité et la médecine préventive radicale ne parlent pas de sujets différents. Ils racontent tous la même transformation : les grandes puissances cherchent à réinventer la manière dont leurs citoyens vivront demain.
« Je croyais autrefois que les grandes puissances cherchaient avant tout à construire les meilleures technologies. Aujourd’hui, je commence à comprendre qu’elles poursuivent un objectif beaucoup plus ambitieux : elles cherchent à inventer la meilleure manière de vivre. Lorsque cette idée m’est apparue, les quatre dossiers que nous avions étudiés ne formaient plus qu’un seul et même paysage… »
L’éditorial
La véritable compétition du XXIᵉ siècle
Pendant longtemps, les nations se sont affrontées par leur puissance militaire, leur industrie ou leur richesse. Demain, elles seront peut-être comparées autrement, notamment par la qualité de vie, la prévention des risques, par l’intelligence des infrastructures, l’autonomie énergétique, la santé, l’éducation et par les environnements domestiques. Les civilisations deviendront donc des produits qu’il faudra concevoir.
Le signal faible
Les entreprises cessent de vendre des objets. Cela veut aussi dire que Apple ne prépare peut-être plus un ordinateur, que Tesla ne prépare plus uniquement une voiture et que les entreprises commencent à fabriquer un habitat, une santé prolongée et moins déficiente, une mobilité ou bien encore une organisation quotidienne.
La question fondamentale
Les grandes puissances vont-elles bientôt entrer en concurrence pour proposer le meilleur modèle de civilisation ?
Les quatre portes qui se sont ouvertes
Porte n°1
La maison devient un organisme intelligent.
Porte n°2
Pourquoi certaines civilisations continuent-elles d’innover pendant deux siècles ?
Porte n°3
Les gains de productivité sont-ils devenus le véritable carburant des nations ?
Porte n°4
Et si la médecine de demain consistait surtout à prévenir les maladies ?
Les connexions invisibles
À première vue, il n’existe pas de liens directs entre les États-Unis (sauf peut-être l’origine territoriale et la domiciliation actuelle de l’entreprise en Californie), la productivité ou bien encore les soins de santé. Pourtant, chacun de ceux-ci déplace le centre de gravité de notre société. Nous passons progressivement de la réparation à la prévention, de l’objet à l’environnement, de l’entreprise à l’écosystème, de la croissance à la qualité de vie et de la technologie à la civilisation.
Le bâtisseur
Steve Jobs
Il avait compris avant beaucoup d’autres que la valeur ne réside pas dans l’objet. Elle réside dans l’expérience quotidienne et cette intuition pourrait devenir la logique dominante des prochaines décennies.
Le prototype de civilisation
Une société qui n’attend dorénavant plus que les problèmes apparaissent, elle à plutôt tendance à les anticiper. Quelque soient les problèmes de santé, d’énergie, de mobilité, de sécurité ou d’éducation, la logique est la même partout. Il s’agit maintenant d’empêcher ou de prévenir plutôt que de réparer les dégâts…
L’objet du futur
Le Coordinateur de vie
Ce n’est plus un téléphone, ce n’est plus une montre mais plutôt un compagnon discret qui synchronise votre santé, votre habitat, vos déplacements, votre alimentation, votre consommation d’énergie et vos risques médicaux.
Les portes qui viennent de s’ouvrir
Les cinq pistes à explorer :
- Les villes capables de s’auto-optimiser.
- Les assurances qui rémunèrent la prévention.
- Les maisons qui prennent soin de leurs habitants.
- Les États qui exportent un art de vivre.
- Les entreprises qui construisent des écosystèmes plutôt que des produits.
Les prototypes de civilisation
Le modèle américain
Les entreprises deviennent ici les principaux bâtisseurs.
Le modèle européen
Les institutions cherchent quant à elles à coordonner les transformations.
Le modèle asiatique
L’État orchestre l’ensemble de l’écosystème. Mais chacun raconte une vision différente de l’avenir.
Le Grand Basculement
Pendant deux siècles, les nations ont principalement cherché à produire davantage. Les prochaines chercheront peut-être avant tout à vivre mieux.
Les entreprises qui n’existent pas encore
- Architecte de modes de vie.
- Concepteur de quartiers intelligents.
- Cabinet d’ingénierie des civilisations.
- Designer de santé préventive.
- Opérateur d’écosystèmes domestiques.
- Agence de souveraineté comportementale.
- Bureau de conception des villes empathiques.
- Studio de civilisation augmentée.
Conclusion
« Les frontières que j’observe aujourd’hui ne ressemblent plus à celles des anciennes cartes. Elles ne séparent plus seulement des territoires. Elles distinguent désormais des façons de vivre. Certaines sociétés continueront à gérer les difficultés du passé. D’autres construiront des environnements capables d’éviter les difficultés avant même qu’elles n’apparaissent. Peut-être que les grandes puissances de demain ne seront pas celles qui posséderont les technologies les plus avancées, mais celles qui auront appris à transformer ces technologies en civilisation. C’est peut-être cela, le véritable chantier du XXIᵉ siècle. » – Allan K
On se retrouve dans le prochain numéro de ce Labo 2040…




