Que devient une civilisation lorsque sa capacité à produire davantage cesse d’augmenter ?
La réponse n’est pas simple car si on aborde les choses sous un angle pessimiste cela signifie que le futur ne sera pas forcément agréable. En revanche, si on aborde celles-ci sous un angle optimiste, cela signifie avant tout des nouvelles découvertes et des nouvelles opportunités à développer.
Peu de gens s’en rendent compte, en Europe surtout, mais le manque de gains de productivité reste un véritable problème qui se répand à tous les échelons de la vie sociale et bien entendu et surtout au niveau économique.
Une richesse qui progresse moins vite !
Cela fait maintenant longtemps qu’une croyance incontournable a fait son chemin dans les esprits :
Nous vivrons nécessairement mieux que nos parents et leurs parents avant eux !
Sans être tout à fait fausse, cette croyance s’est installée sur la base que chaque génération produisait davantage que la précédente. Effectivement les différents progrès techniques ont toujours amélioré le destin de l’humanité et actuellement nous ne pouvons pas savoir si les évolutions des trois précédentes révolutions industrielles (si l’on tient en compte les théories de Jeremy Rifkin pour la troisième) ont été beaucoup plus prolifiques que celles que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. Ce qui nous attend n’est en effet pas du tout comparable à ce qu’il s’est fait auparavant.
Nous sommes confrontés à une situation dans laquelle l’avenir pourrait-être très différent, car les technologies qui arrivent entre nos mains sont extrêmement plus sophistiquées qu’elles l’étaient par le passé. A priori le monde devra être peuplé d’ingénieurs – ce qui est en partie vrai – mais certains vont aussi devoir laisser la place à des machines équipées d’IA. Cela ne veut pas dire pour autant que ces derniers vont disparaître à tout jamais car rappelons-nous que le rôle d’un ingénieur est avant tout de mettre en place des moyens techniques et technologiques pour concrétiser des idées. Mais cela veut dire aussi qu’il va falloir des idées et surtout les moyens de les concrétiser.
Le fait que les progrès techniques n’ont cessé d’augmenter la productivité est jusqu’ici indéniable, mais qu’en sera-t-il avec le développement croissant de l’IA et de la robotique humanoïde ?
Manque de vitesse dans l’adoption de la technologie ou manque de richesses ?
Nous allons être contraints par la force des choses de nous réinventer et la question de ce que nous allons faire avec les technologies qui émergent n’est pas vraiment nouvelle. Elle est juste adaptable à un contexte différent à chaque fois. Nous sommes donc confrontés à un dilemme qui consiste à savoir si nous allons nous adapter aux nouvelles technologies ou bien baisser les bras par rapport à notre productivité. Mais que l’on ne se trompe pas, car un manque de gains de productivité peut aussi avoir des conséquences alarmantes pour une société :
En effet, les salaires ne peuvent durablement augmenter que si chaque travailleur produit davantage de valeur. Donc si un salarié produit aujourd’hui ce qu’il produisait il y a dix ans, l’entreprise ne peut pas augmenter indéfiniment sa rémunération. C’est à ce moment précis que beaucoup de tensions apparaissent. Les prix augmentent, les logements sont plus chers, l’énergie est plus coûteuse et forcément la fiscalité augmente aussi puisqu’il faut compenser la perte de gain de productivité à travers des taxes et des impôts supplémentaires.
Pendant ce temps, le pouvoir d’achat progresse peu, les dépenses publiques, elles, continuent d’augmenter à cause du vieillissement de la population, des soins de santé, du régime des retraites, des budgets nécessaires à la transition énergétique, de la défense ou bien encore de l’éducation. Il ne faut pas être un génie des mathématiques pour se rendre compte que cela ne peut mener à guère mieux que d’avantages de dettes et de déficits publics.
N’oublions pas non plus qu’une économie peu productive attire moins facilement les capitaux. Pourquoi d’ailleurs investir énormément dans un pays qui progresse lentement ?
Les entreprises investissent donc ailleurs. Elles déplacent leur R&D et elles recrutent dans des régions plus dynamiques et petit à petit, la productivité ralentit encore davantage dans les lieux qu’elles ont délaissés.
Une jeunesse qui pourrait s’en aller massivement ?
Une chose est certaine, certaines régions du monde observent celles qui tournent au ralenti et elles profiteront toujours de cette opportunité pour trouver les mécanismes nécessaires pour faire venir chez elles des gens talentueux dans le but de faire avancer leur économie. Ce fut pendant plusieurs décennies le cas des Etat-Unis, mais il semble que des pays comme le Canada ou l’Australie prennent doucement le relais. Ils visent en effet une jeunesse talentueuse et apte à faire avancer leur économie.
Si les jeunes pensent que leur niveau de vie sera inférieur à celui de leurs parents, ils modifient leurs choix. Ils repoussent à ce stade l’achat d’un logement, la création d’entreprises, le fait d’avoir des enfants et enfin refusent de faire des investissements personnels. Le ralentissement économique devient alors aussi un ralentissement démographique et c’est une réalité que nous sommes en train de vivre en ce moment dans de nombreux pays occidentaux et asiatiques !
Que doit donc faire une nation pour éviter une escalade qui pourrait l’entraîner dans un profond gouffre social lié à un manque de productivité généralisé ?
Tout d’abord, elle doit se donner les moyens d’offrir à la population toute entière des possibilités qui permettent l’accès aux technologies les plus performantes (et cela comprend aussi les facultés intellectuelles nécessaires pour les utiliser). Ces mêmes technologies sont à même d’augmenter une productivité humaine qui a aussi ses propres failles, comme le taux d’absentéisme, les mouvements de grève, ou encore le manque de rentabilité sur le lieu du travail et c’est même sans parler des pénuries d’emploi auxquelles les entreprises doivent faire face parce qu’elles n’arrivent plus à recruter.
C’est ici que tout se joue, car dans les décennies qui viennent, la véritable compétition entre les entreprises résidera probablement dans la capacité à développer de multiples écosystèmes de productivité.
Les capitaux ne suivront alors plus seulement les pays les plus riches, mais ils suivront les pays qui donnent le plus de raisons de croire que demain sera plus productif qu’aujourd’hui. C’est peut-être même cette confiance dans l’avenir, plus encore que les richesses déjà accumulées, qui deviendra la ressource économique la plus précieuse.
Décidément, l’histoire se répète…
C’était bien ?
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