Le Cybercab, c’est parti ! 

Nous parlons régulièrement de lui sur ce site, mais depuis que Elon Musk a quitté le mouvement MAGA, fidèle à Donald Trump, il a replongé dans ce qu’il savait faire de mieux, à savoir révolutionner les technologies adéquates pour développer les produits et les services que ses entreprises commercialisent. Nous avons déjà parlé de ces produits en détail et de tout ce qui les entoure, mais aussi des moyens technologiques développés, comme une Giga Presse capable de produire un châssis de voiture en réduisant drastiquement le nombre de soudures et de pièces à produire à l’extérieur des chaînes de montage.

Nous savons aussi que les priorités gravitent autour du Cyber Truck, d’un nouveau Roadster, du camion Tesla Semi, du robot Optimus et de cette fabuleuse Terafab qui sera capable de produire des puces très puissantes, qui feront épargner aux Etats-Unis des quantités colossales d’énergie et d’assurer ainsi leur indépendance par rapport à des pays comme Taïwan (qui se trouve dans le collimateur de la Chine). Mais il y a aussi d’autres choses qui pourraient arriver et cela concerne aussi un nouveau type de véhicule qui devrait une fois de plus imposer un tout nouvel écosystème par rapport à celui que nous connaissons.

Voir un objet est une chose mais comprendre l’organisation qui doit naître autour de lui en est une autre.

Depuis quelques jours, Tesla propose des trajets limités dans son “Cybercab”, à Austin au Texas. Le véhicule est bien celui promis : 

Deux places, pas de volant, pas de pédales et pas de rétroviseurs traditionnels. Tesla a même publié le 4 septembre son Cybercab Rider Guide, que l’on pourrait traduire par une sorte de guide de l’utilisateur du Cybercab. 

Cependant parler du véhicule en lui-même n’est pas suffisant car au-delà de la prouesse technologique, c’est tout un écosystème qui vient se placer au-delà du produit. Certes il y a une forte prouesse logistique à proposer un véhicule qui se conduit tout seul. De plus, le procédé qui est étudié pour le moment par les ingénieurs de Tesla et qui consiste à teinter la carrosserie dans la masse est absolument brillant en termes de rentabilité (en sachant que la peinture d’un véhicule reste un des postes les plus délicats sur la chaîne de production ). A cela, il faut ajouter les presses qui permettent de produire une voiture extrêmement rapidement en un seul monobloc. Ce qui veut dire aussi se passer de centaines de soudures et de dizaines de pièces qui doivent normalement être produites séparément, donc… chapeau l’artiste !

Avec le Semi, nous étions partis d’un camion pour découvrir derrière lui les Megachargers, la production énergétique, la transformation des dépôts, les logiciels de gestion de flotte, les batteries et finalement toute une infrastructure globale. Mais le Cybercab permet d’aller encore plus loin :

Tesla ne cherche en effet plus seulement à vendre une voiture différente, simplement parce qu’elle tente potentiellement de supprimer une partie du modèle économique qui existe autour du marché de l’automobile.

Aujourd’hui, une voiture exige un constructeur, des concessions qui assurent la distribution du produit et de ses dérivés, notamment les services qui y sont associés, et cela coûte des fortunes à ceux qui veulent tenter l’aventure. Elle doit aussi se vendre ou se louer et pour cela elle a besoin d’un acheteur ou d’un locataire. Il lui faut une assurance. Elle implique aussi d’avoir des espaces de stationnement. Elle a besoin d’entretiens et enfin par-dessus tout, elle a besoin d’un conducteur qui doit détenir un permis de conduire légal, obtenu dans des organismes officiellement désignés. 

Vous l’aurez donc compris, c’est une organisation multiple qui gravite autour de la voiture pour particulier et nous n’avons même pas abordé la question du carburant qui lui est indispensable ni des services de police pour vérifier la conformité de toute cette organisation. Mais le robot taxi pourrait progressivement faire apparaître autre chose…

Le Cybercab pourrait transformer le véhicule en véritable infrastructure

Au détriment du schéma actuel, avec ce nouveau modèle, un constructeur reste, mais soit ses clients acheteurs disparaissent ou soit ils se transforment en entreprises dirigeant des flottes de véhicules autonomes (dans le cas du Cybercab, cela peut aussi concerner un seul véhicule qui pourrait se calquer sur le même modèle de location que AirBnB). Ce dernier devient donc davantage une plateforme numérique, ce qui est déjà le cas aujourd’hui avec une grande majorité de véhicules neufs, mais nous devons ici imaginer un modèle très largement plus développé que ce que proposent les constructeurs traditionnels. L’IA va quant à elle se développer de manière conséquente en accumulant des centaines de milliards de données supplémentaires qui vont elles-mêmes servir aussi au développement des maisons intelligentes et des robots humanoïdes qui vont y travailler. Bien entendu, la production d’énergie va devoir se développer et avec elle les systèmes de recharge des véhicules. La maintenance sera ensuite automatisée et enfin la personne qui se trouve à l’intérieur du véhicule ne sera plus un propriétaire mais deviendra bien un utilisateur.

Admettons que le coût de revient d’une Tesla Cybercab chute drastiquement comme le voudrait Elon Musk et que ces gains se répercutent sur le prix d’une course ? 

Ce changement serait bien entendu gigantesque. Le client n’achète à ce moment  plus nécessairement une voiture, il achète plutôt des kilomètres à très bas prix par rapport à celui qui est consacré au véhicule pour particulier aujourd’hui.

Nous avons déjà vécu cette transformation avec l’informatique. Nous achetions tout d’abord des logiciels et ensuite nous nous sommes mis à acheter des abonnements. Nous achetions des disques et nous payons désormais l’accès à des catalogues musicaux et de même pour le cinéma et les séries.

La mobilité pourrait connaître une transformation comparable.

Imaginez une ville dans laquelle 100 000 Cybercab circulent continuellement. Ils se déplacent vers les endroits où la demande apparaît, ils se rechargent lorsqu’elle diminue, sont nettoyés et entretenus dans des centres automatisés et redistribués en fonction des besoins anticipés par l’IA.

Le Cybercab n’est pas simplement pensé pour être autonome. Tesla veut en faire un véhicule susceptible d’être fabriqué en très grandes quantités. L’entreprise a officiellement confirmé en juillet avoir commencé sa production et décrit le Cybercab comme le véhicule destiné à devenir le « workhorse » (le cheval de trait) de sa propre flotte de Robotaxi. Cela change évidemment la philosophie de conception car c’est le constructeur qui loue les véhicules qu’il produit lui-même.

Une automobile traditionnelle doit satisfaire son propriétaire pendant dix ou quinze ans, par contre un Cybercab doit être facile à fabriquer, peu coûteux à exploiter, extrêmement efficace énergétiquement, rapidement nettoyable, facilement réparable et capable de fonctionner énormément et c’est déjà beaucoup en termes de déploiement de nouvelles infrastructures. D’ailleurs, les documents de certification publiés cette année indiquent une batterie d’environ 48 kWh et une consommation électrique particulièrement faible. 

Puis arrive un élément encore plus fascinant : Starlink !

Tesla a commencé à intégrer directement la version 5 de Starlink dans certains Cybercab. 

Stratégiquement, cette intégration est très révélatrice parce que l’on commence à voir les briques se connecter :

Tesla fabrique le véhicule, l’entreprise développe son système de conduite, elle dispose déjà de sa propre infrastructure énergétique et de recharge et enfin, elle développe ses capacités de calcul IA. SpaceX et Starlink peuvent apporter une couche supplémentaire de connectivité ce qui laisse aux véhicules aussi la capacité de se déployer en dehors des zones urbaines.

Le Cybercab commence donc à ressembler beaucoup moins à une automobile qu’à un terminal mobile appartenant à une infrastructure numérique et physique beaucoup plus vaste.

Supposons maintenant (et il faut bien présenter cela comme une hypothèse) que le Cybercab atteigne réellement une échelle industrielle et apparemment cela semble être très bien parti : 

Que deviennent alors les parkings urbains, les taxis, les chauffeurs VTC, les agences de location, certaines compagnies d’assurances automobiles, les concessions et les garages, les voitures de société, les parkings d’aéroport ou encore la seconde voiture familiale ?

Mais surtout la question principale est de savoir ce que l’on fait de l’espace libéré, surtout quant on pense qu’une ville comme Los Angeles consacre la moitié de sa superficie aux espaces qui y sont consacrés ?

Une voiture reste stationnée l’immense majorité du temps (plus ou moins 90%). Une flotte autonome économiquement viable aurait exactement l’objectif inverse. C’est-à-dire de faire circuler ses véhicules aussi souvent que possible et éliminer tout problèmes liés aux parkings.

Cela signifie potentiellement moins de véhicules nécessaires pour assurer une quantité donnée de déplacements, même si l’effet réel sur le trafic dépendra fortement des usages, notamment des kilomètres parcourus à vide.

Tesla ne construit pas ici seulement un véhicule pour lequel les infrastructures ne sont pas encore totalement prêtes. Elle construit un véhicule pour lequel certaines règles ont elles-mêmes été conçues pour un autre monde. Il faut encore au-delà de cela construire la réglementation, l’assurance, la responsabilité juridique, l’infrastructure énergétique, les procédures de secours, la maintenance, la confiance des utilisateurs et enfin le modèle économique.

Cela nous amène à la question de savoir si une invention devient révolutionnaire lorsqu’elle fonctionne ou seulement lorsque nous construisons le monde qui lui permet de fonctionner ?

En réalité, le véritable produit de Tesla n’est peut-être déjà plus le Cybercab. Le véritable produit pourrait être le système capable de faire fonctionner des millions de robots taxis dans des contextes multiples y compris aériens.

Sébastien Colson 

C’était bien ?

Bon…

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