Star Wars, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, James Bond et bien d’autres encore comme Tarzan, Indiana Jones, Bob Moran ou OSS 117 semblent retrouver une nouvelle vie grâce à des franchises cinématographiques qui pourraient les amener à des niveaux jamais atteints jusqu’ici…
Des héros et des super héros, nous pouvons en retrouver des centaines voire même des milliers dans notre histoire occidentale. Il y a cependant les valeurs sûres et bien d’autres qui sont restées dans les tiroirs parce que le succès n’était pas au rendez-vous. Nous allons donc revenir sur le potentiel que ces oubliés du cinéma ou de la littérature pourraient offrir aujourd’hui et pourquoi-pas réfléchir sur ce qu’ils pourraient devenir avec les nouvelles technologies.
Un retour en arrière littéraire, radiophonique et cinématographique
L’avenir d’une franchise peut dépendre de sa capacité à transformer un personnage en univers que le public peut explorer. Le cinéma en serait d’ailleurs une porte d’entrée, aux côtés des séries, des jeux vidéo, des récits audio et, peut-être demain, d’expériences interactives avec les personnages (ce qui nous laisse une très large place à la créativité).
Mais il faut cependant admettre que les héros restés dans les tiroirs n’y sont pas forcément arrivés par manque de succès. Certains ont été très populaires avant de disparaître des écrans. Une adaptation décevante, un changement de génération ou un univers difficile à financer peuvent également expliquer leur effacement.
Mais avant tout, la franchise est un terme commercial relativement récent, du moins en ce qui concerne le cinéma, mais son principe est toutefois ancien. Il consiste principalement à retrouver un personnage familier dans une aventure nouvelle. Les lecteurs ou les spectateurs s’attachent donc à sa personnalité, reconnaissent ses méthodes et attendent de découvrir comment il affrontera une situation différente. Le tout est de pouvoir déceler les normes dans lesquelles ils sont nés…
Les romans populaires, les feuilletons et les bandes dessinées ont constitué de vastes réserves d’aventures. Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Hercule Poirot, Conan le barbare ou Tarzan possèdent ainsi une existence littéraire qui dépasse leurs adaptations à l’écran. Leur force réside dans une promesse reconnaissable c’est-à-dire l’énigme, l’élégance du cambriolage, l’intelligence du détective, l’aventure dans un monde médiéval fantastique ou bien encore celui d’un monde sauvage comme celui de la jungle africaine.
La radio a, elle aussi, construit des univers capables de fidéliser leur public. Signé Furax, écrit par Pierre Dac et Francis Blanche et diffusé sur Europe 1 entre 1956 et 1960, en constitue un exemple particulièrement riche. Fantômas a également fait l’objet d’un feuilleton radiophonique en soixante épisodes, diffusé en 1946-1947, avant même d’être incarné dans des films. Le passage d’un support à l’autre appartient donc déjà à l’histoire de ces personnages. On peut d’ailleurs se rappeler du magistral film de Woody Allen (Radio Days) qui est consacré à ces années où la télévision n’existait pas encore, ou du moins n’avait pas encore envahi tous les foyers.
Pourquoi les producteurs continuent-ils à miser sur les franchises ?
Un personnage connu apporte une reconnaissance immédiate. Son nom, son costume ou son univers permettent au public de comprendre rapidement ce qu’on lui propose. Cela peut faciliter la promotion, sans néanmoins garantir la réussite du film.
Le poids de ces productions reste considérable. Dix-sept des vingt films arrivés en tête du box-office britannique et irlandais en 2025 seraient des suites, des franchises préexistantes, des remakes ou des adaptations de jeux vidéo. Ce chiffre indique leur place sur le marché mais il ne prouve pas cependant que chaque franchise soit rentable.
Cette familiarité comporte néanmoins une limite :
Lorsque le spectateur devine tout à l’avance, la reconnaissance devient une répétition. Une franchise conserve donc son intérêt lorsqu’elle renouvelle les situations – comme pour Indiana Jones, qui se bat d’abord contre les nazis et ensuite contre les soviétiques – tout en préservant ce qui rend son personnage singulier.
La question est maintenant de savoir si “les oubliés” pourraient avoir une seconde chance ?
Le potentiel dépendrait moins de l’ancienneté du héros que de sa pertinence actuelle. Que permet-il en effet de raconter que d’autres personnages racontent moins bien ? Pourquoi une nouvelle génération aurait-elle envie de le suivre ?
Une grande partie des franchises les plus connues aujourd’hui repose sur des personnages apparus au XXᵉ siècle, parfois plusieurs décennies avant leur adaptation cinématographique.
Il faut toutefois distinguer le succès cumulé au cinéma de la popularité actuelle dans les séries, les jeux et les produits dérivés.
Batman, Superman, Harry Potter, James Bond et les personnages de Tolkien montrent comment la littérature et la bande dessinée ont alimenté durablement le cinéma. Star Wars et Indiana Jones illustrent le mouvement inverse, car ils représentent des personnages créés pour l’écran et génèrent ensuite des univers présents sur plusieurs supports, notamment en littérature (parfois discutable en termes de qualité).
Sherlock Holmes appartient au XIXᵉ siècle, puisqu’il apparaît en 1887, et ne semble pas avoir le même succès aujourd’hui malgré les deux films magistraux dans lequel Robert Downey Junior joue. De même que le héros d’Agatha Christie, Hercule Poirot, interprété mémorablement par Kenneth Branagh dans les adaptations du “Crime de l’Orient Express et de Mort sur le Nil”. Mais Tarzan, Bob Morane et OSS 117 appartiennent bien au XXᵉ siècle, même si leurs franchises n’ont pas aujourd’hui une puissance mondiale comparable par rapport à celles de cette sélection.
Ce que les nouvelles technologies changent réellement
Malgré cela, une part considérable de notre imaginaire contemporain reste nourrie par des personnages hérités du siècle précédent. Il est donc intéressant de se demander ce qui permet à certains de traverser les générations, tandis que d’autres attendent encore leur renaissance ?
La production virtuelle associe les techniques de tournage à des environnements numériques calculés en temps réel. Elle permet notamment de préparer des décors, de visualiser des scènes et d’affiner certains choix avant ou pendant le tournage. Cela peut rendre des univers ambitieux plus faciles à explorer, même si les économies dépendent de chaque production.
L’IA générative pourrait également faciliter certaines recherches visuelles, des maquettes ou des essais narratifs mais il faut toutefois distinguer la création rapide d’un prototype par rapport à la réalisation d’une œuvre cohérente, c’est à dire de maintenir les personnages (diriger les interprètes et construire une histoire restent des tâches essentielles).
Surtout, un héros peut désormais poursuivre son existence ailleurs qu’au cinéma. Indiana Jones and the Great Circle illustre cette possibilité. Il s’agit d’une aventure originale conçue pour le jeu vidéo et qui permet au public d’incarner le personnage et d’explorer son monde.
À plus long terme, on pourrait imaginer une enquête menée avec un détective fictif ou un récit qui réagit aux décisions du participant. Ce sont des perspectives, dont l’intérêt dépendra de la qualité de l’écriture autant que de la technologie.
Le film devient alors une expérience parmi plusieurs au sein d’un univers culturel. Mais cet univers doit laisser une place à la surprise, aux auteurs et aux nouvelles créations.
Il est dans ce cas important de se demander si les nouvelles technologies serviront-elles à prolonger indéfiniment les héros connus, ou à redonner leur chance aux imaginaires que nous avons cessé d’explorer ?
A ce propos, deux pistes s’offrent donc à nous :
La première est que les héros connus sont aussi les plus convoités par les producteurs et sujets à un développement créatif toujours plus exponentiel. La seconde est que nous continuons à nous attacher aux personnages créés au XX°siècle et cela signifie très clairement que nous n’avons pas envie de changer les choses même si elles sont intéressantes et développent une créativité sans limites.
Pourtant :
Nous pourrions imaginer un Bob Moran qui traverserait des aventures autour des infrastructures, des biotechnologies et des puissances privées. Nous pourrions aussi imaginer un Fantomas qui au travers des thrillers sur les identités fabriquées, les faux visages et la manipulation de l’information pourrait lui aussi évoluer. Pourquoi Rouletabille ne pourrait pas incarner un jeune journaliste confronté à des preuves numériques qui peuvent être falsifiées. En ce qui concerne Signé Furax, il pourrait quant à lui entrer dans une fiction audio, sur Spotify, mêlant satire, énigmes et participation du public. Et ensuite les aventures de Jules Vernes pourraient mêler des explorations interactives où les découvertes scientifiques deviennent des choix collectifs.
Quoiqu’il en soit, la créativité est inépuisable mais ne nous empêche pas cependant de créer des choses nouvelles et cela c’est le plus important…
C’était bien ?
Bon…
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