Cette question pose les bases d’une porte qui se situe entre notre héritage humain et l’avenir qui l’accompagne. On parle souvent d’intelligence artificielle, mais la véritable question n’est-elle pas de se demander si elle est véritablement artificielle puisqu’elle va chercher dans le savoir humain universel tout ce qu’elle nous offre comme réponse aux questions que l’on lui pose ?
Ne devrions-nous pas adopter un autre vocable pour définir ce nouvel ami que nous avons adopté au quotidien, soit dans notre vie ou soit dans notre travail ?
Ce que nous appelons l’Intelligence Artificielle est devenu en à peine quatre ans un véritable compagnon de route qui prend soin de notre savoir, nous y donne accès beaucoup plus facilement, et qui remplace une foule de métiers que nous avions du mal à payer en fin de mois quand les factures tombaient. Travailleurs indépendants, employés et ouvriers le savent d’ailleurs très bien…
Une concentration du savoir universel ?
Nous nous appuyons ici sur une distinction particulièrement féconde car l’intelligence artificielle n’est autre qu’artificielle de par sa fabrication, mais une grande partie de ce qui nourrit ses capacités provient de l’humanité. Le mot artificiel signifie donc que ce qui est produit par un dispositif n’est autre conçu que par l’être humain. Il ne signifie en fait ni faux, ni dépourvu d’origine humaine. On pourrait même en quelque sorte comparer ce processus à une bibliothèque qui est une construction humaine mais dans laquelle les connaissances qu’elle rassemble n’en sont pas moins réelles. L’IA ajoute cependant quelque chose à cette bibliothèque et elle n’est autre que la capacité de reformuler, de rapprocher des idées et de produire des réponses adaptées à une demande.
Ce propos concerne surtout les IA génératives et les assistants conversationnels mais iléaux aussi se rappeler que l’intelligence artificielle comprend d’autres systèmes beaucoup plus complexes qui travaillent sur des images médicales, des mesures physiques, des déplacements ou bien encore des données industrielles et ceci ouvre une bonne piste car il s’agirait plutôt d’une mise en relation d’une partie considérable des traces du savoir humain.
Il faut dire aussi que le savoir universel reste hors d’atteinte pour l’instant, mais que nous ne devrions pas mettre de côté le fait qu’il pourrait l’être un jour, et ce notamment grâce à l’IA. Une partie des connaissances n’a jamais en effet été numérisée. Une autre demeure privée, confidentielle ou transmise par l’expérience. Un artisan sait par ailleurs des choses que ses gestes expriment mieux qu’un ouvrier, bien que celui-ci soit extrêmement utile pour la société et enfin une communauté peut posséder des connaissances que ses membres n’ont jamais publiées.
Ce qui change, c’est que notre héritage intellectuel devient accessible par le dialogue !
Les données accessibles contiennent aussi nos erreurs, nos préjugés et nos contradictions. L’IA hérite donc de notre richesse intellectuelle autant que de certaines de nos limites. Un modèle de langage ne va pas nécessairement chercher une information dans une bibliothèque à chaque question. Pendant son entraînement, il apprend des régularités à partir de données, puis mobilise cet apprentissage pour générer une réponse. Certains assistants peuvent aussi consulter des documents ou effectuer une recherche, mais cette consultation constitue une opération supplémentaire. La définition de l’OCDE met justement l’accent sur cette capacité à inférer comment produire un résultat à partir d’entrées et cette distinction explique pourquoi une réponse peut être éclairante, originale ou convaincante, tout en comportant une erreur.
Nous avons longtemps dû apprendre les codes d’accès au savoir, identifier le bon livre, maîtriser le vocabulaire d’une discipline, trouver un spécialiste ou bien encore comprendre une documentation. Un assistant conversationnel permet désormais de commencer par une question imparfaite, puis de préciser progressivement sa pensée. Nous pouvons en effet lui demander d’expliquer autrement, de comparer deux approches ou de chercher les faiblesses d’un raisonnement. La connaissance devient donc plus facile à interroger.
L’UNESCO explore d’ailleurs ce rapprochement entre l’IA générative, les connaissances collectives et de même l’intelligence collective. Mais il faut cependant distinguer les deux car rassembler les traces de milliards de contributions ne suffit pas à organiser une délibération entre les personnes qui les ont produites.
Dans certains cas étudiés, des modèles combinant des informations pour construire une réponse, plutôt que reproduisant une réponse mémorisée ont été établis mais ces résultats restent circonscrits aux systèmes et aux expériences examinés.
Faut-il lui donner un autre nom ?
« Compagnon de pensée » semble une métaphore intéressante, à la seule condition de la présenter comme telle. Elle décrit l’expérience de l’utilisateur sans établir que la machine éprouve de l’amitié ou prend soin de lui au sens humain. Nuançons également le passage sur les métiers et les factures qui en découlent car ces outils permettent en effet d’accomplir certaines tâches pour lesquelles nous aurions auparavant sollicité une aide rémunérée, ou auxquelles nous aurions renoncé. Remplacer une tâche ne revient cependant pas à remplacer un métier entier, avec son expérience, sa responsabilité et sa connaissance des situations. La question se pose dans ce cas de savoir si l’IA devient notre porte d’entrée quotidienne vers la connaissance et du fait qui organise cette porte d’entrée ?
Si sa puissance repose en partie sur des connaissances accumulées par des dizaines de générations humaines, son intérêt pourrait être de donner à davantage de personnes les moyens de comprendre, de créer et d’agir.
Il est toutefois impératif de préciser l’idée d’héritage collectif :
Les modèles ne contiennent pas tout le savoir universel et ne consultent pas nécessairement une bibliothèque à chaque réponse. Leur entraînement leur permet d’apprendre des régularités à partir de nombreux contenus, notamment humains. Cet héritage demeure néanmoins incomplet, inégalement représenté et mêlé à nos erreurs comme à nos préjugés.
Prenons l’exemple de quelqu’un qui souhaite lancer une activité commerciale, comprendre un texte administratif ou reprendre des études. Un assistant peut alors l’aider à décomposer le problème, expliquer le vocabulaire et explorer plusieurs solutions. Certaines démarches deviennent alors plus accessibles, même lorsque cette personne dispose de peu de moyens ou de contacts. Mais tout dépend de la manière dont cette aide fonctionne. Un outil qui donne systématiquement une réponse à appliquer peut installer une habitude de dépendance. Un outil qui explique en revanche son raisonnement, indique ses incertitudes et nous aide à vérifier ses propositions et peut soutenir notre apprentissage.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faudrait apprendre à accomplir soi-même toutes les tâches déléguées. Nous dépendons désormais de livres, de professionnels et d’infrastructures. L’autonomie consiste aussi à savoir choisir ses appuis, reconnaître ses limites et pouvoir en changer. C’est exactement là que l’accessibilité prend un sens plus large que le prix d’un abonnement.
Une IA peut être disponible tout en restant difficile à utiliser pour quelqu’un qui maîtrise mal l’écrit. Pour ouvrir réellement l’accès au savoir, il faut aussi concevoir des interfaces adaptées, de la formation et des lieux d’accompagnement comme des écoles, des bibliothèques, des associations et des services publics. Toujours est-il que si nous voulons des intelligences artificielles de plus en plus efficaces, c’est avant tout sur le cerveau humain qu’il faudra compter et preuve du contraire nous sommes aujourd’hui des partenaires qui pourront faire avancer ensemble les choses qui se passent et ce pour construire le meilleur des mondes…
C’était bien ?
Bon…
Mais ce n’est pas tout, car une époque formidable c’est aussi un site Web et des centaines de réflexions qui traitent des problématiques de notre monde et c’est aussi…
Un bureau de rédaction, d’illustration et un service de sponsoring !
Ah oui, au fait, nous sommes aussi sur Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et nous avons aussi un groupe sur Facebook sur lequel nous pouvons discuter de toutes les problématiques qui se posent à nous, donc on vous y attend car nous avons besoin de vous !




