Le “JT personnalisé”, encore une interactivité inutile et dépassée avant d’avoir vécu…

On sait que la télévision a du mal à garder la tête hors de l’eau depuis​​ qu’Internet et les services de streaming vidéo ont vu le jour… 

Néanmoins, on doit admettre que certains efforts ont été fait de la part des médias pour s’adapter à ces temps nouveaux. Mais est-ce suffisant ?

Une interactivité artificielle et obsolète… 

Vous vous en souvenez peut-être, au tournant des années​​ 90, l’interactivité était le mot d’ordre dans tous les médias. Il fallait à l’époque, absolument interagir avec le public. Plus un média était interactif, plus il était cool, certes, mais le véritable problème de cette interactivité, c’est qu’elle était complètement superficielle. Ce qu’à amené internet dans la première décennie du siècle, ce n’est pas une simple participation d’un auditeur, ou d’un téléspectateur dans une simple émission de radio ou de télévision, mais bien au contraire de lui donner l’occasion de faire sa propre émission. Le résultat a par ailleurs été sans appel, avec dans un premier temps l’explosion du blog, puis celle des youtubers et des podcasters. 

La nouvelle génération qui suivra ne sera certainement pas celle d’un JT personnalisé dans laquelle les téléspectateurs peuvent intervenir dans l’émission, même si c’est ce que TF1 veut proposer aujourd’hui avec sa promesse de JT personnalisé

Annoncé en grande pompe, et présenté comme une véritable révolution par le média français, TF1 voudrait renouer avec une certaine interactivité en faisant intervenir le public en direct avec les journalistes. De prime abord, il n’y a pas grand chose de nouveau dans la démarche puisque depuis de nombreuses années les médias tentent de faire participer le public dans différentes émissions, notamment en faisant des interviews en direct ou en mettant en avant des remarques faites par le public sur les réseaux sociaux. Dans ce que TF1 nous présente aujourd’hui, le public pourrait directement interférer avec un journaliste (ou avec le président de la république ou n’importe quel politicien), au même titre que la présentatrice ou le présentateur. C’est une idée intéressante, mais est-elle facilement contrôlable ? 

On se doute qu’en amont, les personnes qui envoient leurs vidéos, e-mails ou SMS seraient strictement sélectionnées pour éviter d’une part d’être confronté à certaines lacunes d’un journaliste qui ne pourrait pas répondre aux questions qu’on lui pose par manque de compétences, voir mettre à mal certains politiciens sur des sujets pointus. D’autres part, les médias, n’ont pas forcément vocation à être objectifs et possèdent une ligne éditoriale – souvent guidée par une orientation politique – qui leur est propre, ce qui ne laisse pas vraiment de place à une ouverture d’esprit universelle. On voit donc mal comment une telle ouverture pourrait être conciliée avec les impératifs actuels… 

Une idée néanmoins intéressante…

Dans ce sursaut d’enthousiasme – oh, combien désespéré – certaines idées sont néanmoins à retenir…

Une interaction directe du public dans la présentation des informations peut apporter, dans certains cas, un peu plus d’authenticité et d’objectivité, notamment dans les témoignages apportés. D’autre part, le fait qu’un JT soit construit sur base du public et non plus par une équipe rédactionnelle témoigne aussi d’une volonté des médias d’utiliser une méthode qui fait partie de l’ADN des grandes plateformes Internet, à savoir celle d’offrir la possibilité au grand public de faire du contenu. Ce qui est de toute façon moins cher que de le faire par l’intermédiaire d’une équipe de professionnels. 

Cela sous entend donc deux choses :

Ne risque-t-on pas de vulgariser l’information au point de la rendre médiocre, et d’autres part, ce JT que nous aimons tant ne risque-t-il pas de devenir ennuyeux ?

Sur ce dernier point, l’information risque de ne plus être si concise qu’elle ne l’est aujourd’hui et donc pourrait très vite être hors de contrôle. Sur le premier point, on se souvient des dégâts qu’à fait la téléréalité au monde de la télévision, qui pourtant croyait que l’interactivité serait l’issue de sortie ultime, pour ne pas devoir mettre la clé sous le paillasson. Force est de constater que la vulgarité qu’elle a engendré a permis aux plateformes de streaming vidéo de s’imposer parce qu’elles offraient non seulement des contenus plus proches du public, mais aussi la possibilité à ce dernier de choisir ce qu’il voulait et non plus d’être victime du choix des autres. On doit néanmoins reconnaître que c’est une préoccupation qui semble être tenue en compte par TF1, puisqu’il semble aussi que le choix des thématiques sera aussi proposé aux téléspectateurs lors d’un JT. Ce dernier pourra donc choisir dans un éventail d’une vingtaine de thématiques (environnement, économie, etc) les infos qu’il veut regarder. C’est en soit l’idée la plus intéressante de cette nouvelle façon de diffuser de l’information…

Sauf que…

Malheureusement, l’audience des informations télévisées à beau avoir la côte​ ces deux dernières années, celles-ci sont aussi dans le collimateur des grandes plateformes qui se les sont aussi accaparées. Apple, Microsoft, Facebook, Google et d’autres encore lorgnent clairement sur le domaine depuis plusieurs années et construisent elles aussi leurs propres modèles, bien souvent avec une dynamique plus tonitruante. 

A quoi ressemblera l’info du futur ?

Pour le savoir, il ne faut pas vraiment regarder bien loin car l’information, c’est avant tout là où l’évènement se trouve…

Donnez aux gens une application qui leur permette de faire un reportage et ils le feront sans aucun problème avec un simple smartphone. 

Si les médias donnent la possibilité de diffuser de l’information prise dans la rue et qu’une application permette quant à elle de donner à chacun la possibilité de la faire de manière professionnelle (image, contenu, dynamisme, esprit critique), le monde du journalisme pourrait affronter une nouvelle crise…

Le support de diffusion de l’information reste néanmoins le plus important, mais ce qui est certain c’est que plus il se multiplie, plus les créateurs de contenu (donc, dans ce cas d’informations) seront demandés. Nous sommes donc ici sur une double dynamique dans laquelle les médias (et ici il faut aussi entendre les plateformes internet) vont convier le public dans le contenu médiatique et donc forcément vont être confrontés à une  demande de créateurs toujours croissante, à peu près dans tous les domaines (y compris et surtout les informations locales). 

Dans les premières années du siècle, les critiques, les libraires, les journalistes et les photographes ont dû faire face au fait que leur profession était en déclin (du moins par rapport à ce qu’elle était au XX°siècle). Il semble qu’à nouveau, une seconde phase soit engagée aujourd’hui et même s’il est encore difficile d’évaluer l’ampleur de celle-ci, on peut néanmoins miser sur le fait indéniable que rien ne résistera à la volonté d’une population qui ne veut en réalité qu’une information qui n’est pas détournée par les autorités politiques (ou économiques en ce qui concerne TF1)  d’un pays, et si celle-ci est gratuite et abondante, c’est bien entendu encore mieux…

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