Régulateur et modérateur de contenu : deux métiers d’avenir (temporaires)…

“Vous n ‘avez pas fini de nous entendre !”

C’est en ces termes que le sénateur démocrate américain Richard Blumenthal, a menacé ces trois mauvais élèves de la classe que sont Tik Tok, Snapchat et Youtube, après une audition par une commission sénatoriale, le 26 octobre dernier. 

Que dire de cela ?

Et le Star System continue…

Le paternalisme, vous aimez ?

Qu’il s’agisse des Etats-Unis ou de l’Union Européenne, on doit admettre que depuis les années 90, nous sommes entrés dans une certaine routine juridique. Les justices de nos deux nations respectives se permettent d’appeler au tableau, ceux qu’ils considèrent comme les mauvais élèves de leur classe, leur remontent les bretelles et leur tapent sur les doigts. Après ces auditions, c’est bien entendu les lourdes amendes qui tombent. Le système est maintenant bien rôdé​ et les législations s’accumulent de plus en plus pour être bien certain que ces sales gamins soient encore un peu plus encadrés qu’ils ne l’étaient auparavant. 

Bien entendu, il faut des cadres et des règles, mais on doit admettre que ces règles sont de plus en plus nombreuses et ne peuvent aboutir qu’à un étranglement des entreprises et de fait de celui de l’innovation. Innovation parfois mal acceptée de la part d’une industrie qui n’y trouve pas du tout son intérêt, puisqu’elle est forcée de se remettre elle aussi en question. Et tout ceci, pour que les stars de la politique fassent parler d’elles. D’autant plus que du côté américain, les politiciens doivent trouver des fonds eux-mêmes pour faire campagne. Il est donc légitime de se demander si chaque excès de zèle n’est finalement pas motivé en amont par de généreux donateurs. C’est ainsi que l’on retrouve des démocrates très à gauche, comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren (farouches opposants aux GAFAM et des autres) qui arrivent en tête​ des collecteurs de fond lors des primaires de 2019/2020 (qui les avaient opposés par ailleurs à Joe Biden). Pour le dire autrement, plus on crie fort, plus les fonds rentrent. Côté européen, on a vu dans un autre registre Thierry Breton remonter publiquement les bretelles de Mark Zuckerberg dans une vidéo, ce qui a même fait dire à un présentateur de RMC, qui se délectant du spectacle, que Thierry Breton deviendrait peut-être le prochain président français.   

Une adaptation inévitable…

Bref, vous l’aurez compris, plus on tape sur les doigts des mauvais élèves, non seulement plus on gagne de l’argent, mais en plus on gagne en popularité. Et les mauvais élèves, se sont bien entendu – du moins c’est ce qu’il apparaît – ceux qui innovent. On voit rarement les grands patrons d’entreprises comme GE, Boeing, Berkshire Hathaway, Dassault ou Lagardère être​​ auditionnés pour l’une ou l’autre raison qui pourrait déplaire aux stars politiques. Ni même Thierry Breton passer un savon en public au big boss de Total Energies.  Pourtant force est de constater que l’on ne peut pas innover sans avoir des retours de flammes que l’on avait pas envisagé. Surtout lorsque ces innovations sont détournées de leur utilité initiale. L’audition dont nous parlions plus haut – qui avait entre autres été réservée aussi à Facebook, trois semaines auparavant – concernait la responsabilité des trois applications dans la dégradation de la santé mentale et physique des adolescents. Dans cette dégradation, les chefs d’accusations les plus récurrents sont bien entendu le harcèlement, le détournement de mineurs, la boulimie numérique, de promouvoir le vandalisme à l’école,  de provoquer des troubles de l’alimentation ou encore d’inciter à commettre des défis viraux qui pourraient entraîner des blessures graves, voir même​ la mort. En gros des comportement inhérents à l’adolescence (et même parfois​) qui remontent à bien avant l’apparition d’applications numériques. On pourrait même dire que ces comportement ont un lien fondamental avec l’école et avec une éducation que les parents ne donnent pas aux enfants. Le rôle des plateformes internet à néanmoins accéléré​ et amplifié ces phénomènes et il est indispensable pour elles de mettre en place des pare-feux pour éviter les drames. Mais comment mettre en place ces derniers si un drame n’est pas encore arrivé ?

L’école et les parents, des acteurs de premier plan…

Récemment, une vague de harcèlement a touché les enfants nés en 2010…

Une situation absolument effarante qui, à la base, a été provoquée par une vidéo publiée sur Tik Tok. Une jeune fille, née elle aussi en 2010, revendiquait dans celle-ci une certaine forme de fierté par rapport à sa génération. Il n’a pas fallu longtemps pour que les plus âgés détournent ses propos en inondant ses followers d’insultes. Le problème c’est que le phénomène s’est abattu sur les écoles et être​ né(e) en 2010 est rapidement devenu prétexte à plusieurs formes de harcèlement. ​

Il n’est nul besoin de chercher un responsable ici, car finalement c’est l’ensemble du système qui doit être remis en cause​. Cette jeune fille à utilisé un outil efficace pour satisfaire ce qui est depuis toujours un besoin, à savoir la reconnaissance des autres. Elle a aussi manifesté une fierté – avec un goût certes discutable – par rapport au potentiel que sa génération avait dans les mains (ce qui est plutôt positif). Elle a provoqué de ce fait les plus âgés qui lui ont dit – de manière parfois très violente (et cela c’est très discutable) – de rester à sa place. C’est aussi un comportement qui est loin d’être nouveau. Combien de fois n’avons nous pas entendu cette phrase qui résonne encore aujourd’hui dans notre tête : “Tais-toi, tu es trop jeune pour parler !”. Les opposants à Greta Tunberg le démontrent encore au quotidien et récemment, nous avons entendu le philosophe Luc Ferry traiter Emmanuel Macron de… gamin (et par détournement d’incapable pour diriger l’Elysée). 

Comment l’instruction et l’éducation, n’ont-ils pas encore installé les pare-feux qui devraient une fois pour toute éradiquer le harcèlement scolaire et tous les autres maux dont nous parlions plus haut ? Comment se fait-il que des milliers d’utilisateurs d’un réseaux social se déchainent sur des jeunes déprimés pour accélérer un processus qui mène au suicide ? Pourquoi cette boulimie d’images et de vidéos ? Pourquoi ce besoin d’aller chercher en ligne ce que nous ne voulons pas avoir près de nous ?

Tant que nous n’aurons pas trouvé des réponses et de fait des solutions à ces questions, tous ces maux continueront à se développer. Et plus l’innovation s’accélère, plus la complexité des comportements humains se révèle à nous. Tant que l’enseignement ne sera pas réformé en profondeur – et cela c’est avant tout s’adapter à l’époque dans laquelle on vit – et que certains parents ne feront pas eux aussi leur travail, il y aura encore de la place pour de nombreux régulateurs et forcément pour les modérateurs de contenu. Deux professions qui sont encore très largement artisanales puisqu’elles nécessitent encore une intervention humaine, ne serait-ce que par la nécessité d’avoir un jugement humain sur une situation donnée. Mais nous le savons aussi, l’Intelligence Artificielle aujourd’hui n’est jamais très loin de nous et les​ choses changeront certainement un jour. En attendant, que tout le monde fasse son travail : les parents avant tout, les modérateurs surtout et quant aux régulateurs qui ont la charge de mettre en place un système éducatif performant (surtout en terme d’humanisme), ils devraient eux-aussi retrousser leurs manches et faire leur travail comme ils sont censés le faire. Et pas autrement…

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