Nous connaissons tous désormais très bien ce personnage qui sort des sentiers battus et nous savons aussi que lorsqu’il annonce une innovation, il nous semble clair que le temps espéré ne sera jamais respecté. Mais il faut admettre aussi que quand l’idée est annoncée publiquement, elle finira tôt ou tard par devenir une réalité!
Lorsqu’il est invité à une réunion avec les plus grands patrons du secteur automobile, bien avant de révolutionner le monde que nous connaissions auparavant, personne ne le prend au sérieux et bien heureusement d’ailleurs. Il faut dire que lorsque l’on voit un type, plutôt jeune, débarquer dans un bureau, habillé d’un jeans et d’un t-shirt noir portant des documents dans un sac en plastique troué annoncer à des cols blancs bien sapés – vous êtes tous morts – que la situation est tellement burlesque qu’elle n’a pas du tout de crédibilité. Preston Tucker aurait pû rêver de cette situation en son temps, mais il avait malheureusement des gens en face de lui qui l’ont prit très au sérieux et qui ont tout fait pour qu’il ne puisse jamais réaliser son rêve de révolutionner le monde de l’automobile…
Elon Musk, l’homme et son rêve !
En quelque sorte, si Musk était arrivé sur le marché avec des méthodes classiques entrant directement en confrontation avec les plus gros constructeurs automobiles mondiaux,Tesla aurait eu très peu de chances de survivre :
Rappelons à ce propos que même au milieu des années 2000, l’automobile électrique était perçue comme un sous produit que seuls les débiles mentaux pouvaient conduire. Personne n’aurait pû imaginer à l’époque qu’une voiture de sport (Tesla a débuté par la commercialisation d’un Roadster) ou d’une berline de luxe dont le prix avoisinait les 100.000 dollars, qu’un véhicule électrique pourrait alors révolutionner le monde à tout jamais, pratiquement de la même manière que Henry Ford l’avait fait un siècle plus tôt (toutes proportions de prix gardée étant donné que l’objectif de Ford était de démocratiser le prix d’accès de l’automobile personnelle à l’ensemble de la population)…
Et pourtant Tesla reste toujours dans la course et ses concurrents, héritiers du moteur thermique, ont dû se faire à l’idée que le pétrole viendrait un jour ou l’autre à devenir obsolète.
L’autre difficulté – et peut-être la plus grande – était aussi de construire une infrastructure qui pourrait satisfaire les nouveaux besoins énergétiques. Ici encore, Tesla a développé son propre réseau de « Superchargers » et l’a même ouvert aux autres constructeurs automobiles en commercialisant un adaptateur pour les bornes de recharge. Musk faisait alors de Tesla non plus seulement un constructeur de voiture, mais il se constituait aussi en producteur d’énergie. Et c’est là qu’il faut voir en son personnage quelqu’un qui a une vision globale et presque universelle de ce qu’il entreprend. Et depuis son retour aux affaires après son passage, très difficile à comprendre, dans la sphère MAGA, il dévoile aussi son ambition de fournir à la terre de l’énergie solaire provenant d’une constellation de satellites spatiaux déployée par SpaceX.
Un retour aux manettes mais pas n’importe lequel !
Il est peu probable que Elon Musk ait étudié au Japon, mais du moins, il a certainement appris à en maîtriser les techniques ingénieuses qui y sont développées :
Pour la production de ses futures automobiles, qui seront très largement consacrées à des machines qui ne seront plus pilotées par des êtres humains, mais plutôt par des IA, Musk est entré dans les détails et ceux-ci sont clairement étudiés pour éviter de se faire dépasser par des constructeurs chinois comme BYD. Le développement d’une « Gigapresse », capable de mouler un châssis tout entier d’une voiture évitant pour cela l’assemblage de centaines d’éléments, de centaines de soudures additionnelles, et des milliers de pièces qu’il fallait faire produire séparément avant de les assembler sur le véhicule fait réduire drastiquement le coût et le temps de production d’un véhicule. Musk vise d’ailleurs un temps de production de 40 secondes pour chaque voiture et un coût final qui pourrait faire pâlir les plus gros constructeurs chinois. Cela ne s’était jamais fait auparavant. Mais une fois de plus, ce sont les producteurs automobiles traditionnels qui s’en sont rendus compte, avec beaucoup de retard, qui ont été obligés d’investir dans des presses similaires. General Motors vient même de racheter l’entreprise qui était à la base de la conception de celles-ci.
Musk rentre dans des détails que d’autres ne sont pas aptes à voir, de manière à toujours garder une longueur d’avance considérable sur eux. Lorsque la concurrence essaye de s’adapter, il lui faut plusieurs années alors que Tesla s’est déjà investie dans de nouvelles technologies révolutionnaires qui pourront servir dans les années futures…
Maintenant le fait que Musk mise tout sur des « Cyber Cabs » serait toutefois logique – le passé automobile obligé – pour quiconque comprend les conjonctures économiques et l’évolution des mentalités, mais que cache donc cette obsession pour ce robot humanoïde appelé « Optimus » et qui serait le produit phare désormais de la marque. D’autant plus que la nouvelle génération (la GEN 3) arrive et est dotée d’une puce hyper puissante (la AI5) fournissant au robot des performances mobiles exceptionnelles, mais aussi une capacité de déduction non encore atteintes jusqu’ici par rapport à des situations précises et une économie énergétique hors du commun.
Une prouesse technique certes, mais peut-être aussi une nouvelle révolution ?
Des chaînes de montage complètement démantelées sur un site de production en Californie ( Fremont), pourtant le berceau des modèles légendaires (X et S) qui ont rendu Tesla aussi célèbre, pour les remplacer par des lignes de production d’un robot humanoïde au destin plus que fragile ?
Qui pourrait en fait trouver cette opération crédible, alors que l’activité automobile sur place était très rentable et que la robotique humanoïde n’en est jamais qu’à ses débuts ?
Une fois de plus, il faut discerner chez Musk une vision globale du monde plutôt qu’une ambition personnelle :
Tout d’abord, il y a le passé qui nous rappelle que pendant la crise du COVID 19, il a été forcé d’interrompre toutes les activités de production par les autorités californiennes, chose qu’il n’a pas du tout apprécié. D’autre part, les véhicules Tesla déployés sur les routes du monde entier accumulent des dizaines de milliards de données qui sont directement enregistrées par l’entreprise et on ne se doute pas qui est le plus gros bénéficiaire de cette masse de données ?
Optimus bien évidemment !
Mais tout cela ne s’arrête pas, là car Optimus est capable d’apprendre sur base de ce qu’il voit, donc cela veut aussi dire que chaque comportement humain est lui aussi copié par le robot. Et ce n’est pas tout car toutes les entreprises environnantes de Tesla communiquent à Optimus toutes leurs données et chaque robot en apprenant peut transmettre aux autres aussi ce qu’il a assimilé avec le temps. En d’autres termes, un million de robots Optimus apprennent et communiquent les uns aux autres leurs connaissances. Et c’est sur ce point que cela devient intéressant :
Que veut donc Musk avec Optimus ?
Il ne vend plus forcément un robot mais plutôt une nouvelle infrastructure de travail. Cette même infrastructure va certes nous mener vers un monde en pleine mutation, mais aussi à un monde similaire à ce que le véhicule électrique représente aujourd’hui par rapport à ce qu’il pouvait être il y a encore un siècle. L’erreur serait probablement de considérer Optimus comme un simple robot humanoïde destiné à remplacer quelques ouvriers dans les usines Tesla. Si tel était son unique objectif, l’investissement colossal consenti par Elon Musk serait difficile à justifier. Depuis le début de sa carrière, chacun de ses projets répond à une même logique : construire une infrastructure indispensable avant même que le marché n’en prenne conscience!
Tesla n’est pas seulement une automobile, mais un écosystème énergétique. SpaceX n’est pas uniquement un constructeur de fusées, mais un fournisseur d’accès à l’espace (voire même elle aussi un fournisseur énergétique). Starlink n’est pas simplement un réseau de satellites, mais une nouvelle infrastructure mondiale de communication. Optimus pourrait, lui aussi, relever de cette même stratégie.
Derrière ce robot se cache peut-être l’idée beaucoup plus ambitieuse de créer une main-d’œuvre universelle, programmable par intelligence artificielle, capable d’accomplir des milliers de tâches différentes sans qu’il soit nécessaire de concevoir une machine spécifique pour chacune d’elles.
C’était bien ?
Bon…
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