Après l’économie du produit, nous avons eu l’économie du service. Que va-t-il arriver après ?

Les XIX° et XX° siècles nous ont clairement renforcé dans un système de consommation de produits matériels. Pendant ce temps, lentement, une économie du service se mettait en place et après elle, une économie de l’abonnement est arrivée dans le courant de la première décennie du siècle. Les CD et les DVD ont alors disparu de la circulation, même si certains tentent vainement, envoyer aujourd’hui, de s’y accrocher, voire pire encore de faire revivre les disques vinyles, les cassettes VHS ou les cassettes audio. Mais c’est pourtant Spotify, Deezer, Netflix ou Amazon Prime qui ont très largement pris le relais…

L’économie est sans cesse en mouvement donc l’innovation aussi. Nous sommes pour l’instant en train de franchir de nouveaux niveaux – très larges – dans les mutations qui se mettent en place notamment en termes d’Intelligence Artificielle et de la robotique humanoïde, mais ce n’est pas tout car c’est tous les pans d’une vieille économie qui s’écroulent. Le Cybercab de Tesla promet de révolutionner complètement tout l’écosystème automobile que Henry Ford avait mis en place en y ajoutant les technologies actuelles les plus sophistiquées. Vu l’ampleur de ces transformations, il est donc nécessaire de se poser la question de ce qu’il va arriver après l’économie du service que nous consommons aujourd’hui au quotidien ?

Une probable économie de l’écosystème ?

Après l’économie du produit est venue l’économie du service. Après l’économie du service pourrait venir l’économie de l’écosystème. Et après celle de l’écosystème pourrait apparaître l’économie de l’environnement. Une économie dans laquelle nous n’achèterons plus nécessairement des objets (ou des services), mais la capacité d’un système entier pour satisfaire une intention.

Après le produit, nous avons acheté l’usage. L’économie industrielle reposait largement sur une logique qui était toutefois très simple : 

Il s’agissait de fabriquer un objet, de le vendre, puis de convaincre le consommateur d’en acheter un autre. Qu’il s’agisse de l’automobile, de l’électroménager, de la télévision et des télécommunications, des disques ou encore de l’ordinateur, la propriété du produit était au centre de la relation économique.

L’économie du service a commencé à modifier cette logique. On ne vendait plus seulement une machine, mais également son entretien, son financement, son assurance, ses logiciels et les services qui l’accompagnaient.

Puis l’abonnement a franchi une étape supplémentaire car nous n’achetons même plus nécessairement le produit ou le contenu lui-même, mais nous achetons plutôt le droit d’y accéder.

Spotify est beaucoup plus qu’un remplacement du CD. Netflix n’est pas simplement un gigantesque vidéoclub numérique. Le changement fondamental est ailleurs, car il codifie la valeur économique qui s’est déplacée de la possession vers l’accès.

Mais l’étape suivante pourrait être beaucoup plus importante car l’IA introduit quelque chose de radicalement différent et dans l’économie du service, c’est encore l’individu qui décide car il ouvre une application, choisit un service, donne une instruction et obtient un résultat.

Avec les agents IA, les objets connectés et demain la robotique, une partie de cette mécanique pourrait disparaître.

Nous pourrions progressivement passer de  la situation actuelle à une situation dans laquelle notre environnement comprend ce dont nous avons besoin et organise les services nécessaires et c’est une différence considérable.

L’économie de demain pourrait donc non seulement vendre des produits ou des services, mais orchestrer aussi des environnements complets…

Le Cybercab, un exemple particulièrement intéressant !

Une automobile traditionnelle est un produit, mais le leasing transforme déjà partiellement cette automobile en service.

Une plateforme de mobilité comme Uber transforme le véhicule en accès à un déplacement, mais un robot taxi autonome pourrait aller encore plus loin : 

L’utilisateur n’aurait potentiellement plus besoin de posséder le véhicule, de le conduire, de l’entretenir, de l’assurer individuellement de la même manière, de le garer, de le charger qu’il s’agisse d’électricité ou d’essence ou même de décider exactement quel véhicule utiliser car ce qui est vendu n’est alors pratiquement plus l’automobile, ce qui est vendu est avant toute chose la mobilité. Et si cette mobilité est connectée à l’agenda, au logement, au travail, aux commerces, aux infrastructures urbaines, aux systèmes énergétiques et à une IA personnelle, elle devient un écosystème de mobilité. L’objet devient alors progressivement une infrastructure.

L’IA pourrait entre autres faire apparaître une économie de l’intention. Aujourd’hui, le schéma n’a pas du tout changé depuis plusieurs décennies car si nous voulons partir en vacances, nous recherchons un vol ou un billet de train, ensuite un hôtel, un gîte ou une location sur AirBnB. Nous louons une voiture si c’est nécessaire et nous  devons aussi souscrire à une assurance en cas d’urgence…

Nous sommes déjà très proche, à l’heure actuelle d’un stade où si l’on veut partir quatre jours en Italie en octobre avec un budget de 1 500 €, un système peut nous conseiller sur tous ces points, voire même nous recommander les endroits forts à visiter et demain, l’agent IA pourrait rechercher les possibilités, comparer les solutions, coordonner transport et hébergement, modifier l’agenda, réserver après la validation, organiser les déplacements locaux et adapter le voyage aux préférences de son utilisateur.

L’unité économique fondamentale ne serait alors plus nécessairement le produit ni même le service. Elle pourrait devenir l’intention que nous voulons accorder à quelque chose. Des entreprises se retrouveraient alors en concurrence non plus seulement pour vendre directement quelque chose au consommateur, mais pour être sélectionnées par les systèmes qui orchestrent ses intentions.

Et après l’économie de l’intention, l’économie de l’environnement !

Hier, nous achetions séparément un thermostat, une chaudière, un réfrigérateur, une télévision, un ordinateur, une alarme ou une voiture et aujourd’hui, certains de ces appareils communiquent entre-eux surtout quand ils font partie d’un écosystème très large comme celui que développe Amazon depuis plusieurs années. Demain, peut-être une IA domestique pourrait coordonner notre énergie, notre sécurité, notre alimentation, notre santé, notre mobilité, nos communications et notre organisation familiale. La maison ne serait donc plus simplement un ensemble de produits.  Elle deviendrait plutôt un environnement intelligent fournissant continuellement des services. Et cela ouvre un marché considérablement plus important que celui de chacun des objets pris séparément. Cela pourrait même remettre en cause l’économie de l’abonnement :

Musique, films, logiciels, stockage, télécommunications, automobile, sécurité, applications ou bien encore des services professionnels. Mais une IA personnelle pourrait précisément considérer cette accumulation comme inefficace.

C’est là que la question devient vraiment intéressante car pourquoi payer quinze abonnements permanents lorsque l’agent IA pourrait acheter ponctuellement la ressource nécessaire au moment où elle est vraiment nécessaire ?

Nous pourrions donc voir apparaître une économie beaucoup plus dynamique qui concernerait à la fois la propriété, l’abonnement, l’accès, l’usage et le système nécessaire pour les orchestrer. Le consommateur n’achèterait donc plus nécessairement un abonnement sur Netflix, une voiture ou un logiciel. Il achèterait directement ou indirectement un résultat qui consisterait à se divertir, se déplacer, à produire un document, à chauffer sa maison, à apprendre quelque chose ou bien encore à rester en bonne santé.

C’est là que les humanoïdes deviennent beaucoup plus intéressants économiquement plutôt qu’un simple robot ressemblant à un humain car l’IA transforme déjà le travail intellectuel parce qu’elle peut agir dans l’univers numérique. La robotique pourrait permettre à cette intelligence d’agir dans l’univers matériel.

Il faut donc imaginer qu’un agent IA pourrait décider que le logiciel pourrait coordonner. Que le robot pourrait exécuter et que l’infrastructure pourrait fournir l’énergie, les données et la mobilité. Nous obtenons alors quelque chose qui dépasse largement l’économie du service mais plutôt une économie de systèmes autonomes capables d’accomplir des objectifs.

Autrement dit, les entreprises dominantes du XXe siècle fabriquaient principalement des produits. Celles du début du XXIe ont construit des plateformes. Celles des années 2030 pourraient peut-être chercher à construire des écosystèmes complets et celles qui iront encore plus loin pourraient devenir des infrastructures de la vie quotidienne.

Sébastien Colson 

C’était bien ?

Bon…

Mais ce n’est pas tout, car une époque formidable c’est aussi un site Web et des centaines de réflexions qui traitent des problématiques de notre monde et c’est aussi…

Un bureau de rédaction, d’illustration et un service de sponsoring !

Ah oui, au fait, nous sommes aussi sur Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et nous avons aussi un groupe sur Facebook sur lequel nous pouvons discuter de toutes les problématiques qui se posent à nous, donc on vous y attend car nous avons besoin de vous !

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