Les cinq révolutions industrielles ?

Dans les années qui suivent la crise de 2008, on a pu observer une véritable explosion de l’Open Source, de la micro-agriculture, du Bio, du DIY, du financement participatif, de la vague anti-consumériste, du marché de la récupération, du marché de l’échange ou encore de celui du don. Désormais, ces gestes sont tellement ancrés dans nos habitudes que l’on n’en entend plus vraiment parler dans notre quotidien comme de véritables révolutions.

Parallèlement, le monde numérique commençait à envahir très vite de nombreux aspects de l’économie traditionnelle et engloutissait une bonne partie du budget des ménages, laissant de ce fait, nombre d’acteurs de l’économie traditionnelle sur le côté. Ces derniers, on ne peut pas s’en étonner, se sont engagés donc dans une riposte qui aura lieu à plusieurs niveaux : 

Moqueries et discriminations publiques, dédain, influence sur le politique et surtout influence – largement relayée par les médias – sur des populations prêtes à tout, pour ne pas perdre le peu qu’elles possèdent (surtout leurs emplois). Le message donné à l’époque n’était autre que celui qui consiste à garder le modèle  économique actuel et notre voiture à moteur thermique et ce quoiqu’il arrive…

Où sommes-nous dans tout cela ? 

Nous nous sommes à l’époque retrouvés dans une situation dans laquelle d’un côté, la vieille garde attachée aux mécanismes industriels et étatiques, avec ses réglementations, son Etat-Nation, son obsession pour la croissance, son nucléaire et surtout son pétrole nous tirait par le bras gauche. De l’autre, nous avions une jeune génération prête à renverser la table avec un seul outil… “Internet”. Pour couronner le tout, les architectes de cette troisième révolution industrielle absorbaient toute la substance de cette vieille garde avec une audace rarement exprimée auparavant, allant jusqu’à remettre en question l’existence même de l’Etat. 

En bref, nous étions tirés par les uns, qui nous martelaient que nous ne devions pas changer et les autres qui nous offraient tellement de confort qu’il nous était difficile de leur résister.  Mais dire pour autant que nous étions pris entre (seulement) deux époques, serait néanmoins une approche incomplète pour analyser cette période de l’histoire toute particulière que nous vivons encore aujourd’hui. Nous sommes en réalité assis sur quatre chaises à la fois. Quatre époques bien distinctes qui se chevauchent les unes sur les autres et dont nous ne connaissons rien de la moitié d’entre elles : 

La première est issue des deux premières révolutions industrielles, dominées par la mobilité et la matérialisation. La seconde, comme nous venons de le voir, à l’inverse nous immobilise et dématérialise la plupart des aspects de notre vie. C’est ce que Jérémy Rifkin appelle la troisième révolution industrielle… 


Mais en ce début de décennie, de nouveaux centres de préoccupations s’orientent plutôt vers d’autres secteurs et ceux-ci génèrent, selon le fondateur du Forum économique mondial, Klaus Schwab, une quatrième révolution industrielle. Une révolution qui fera émerger les imprimantes 3D, les drones, les véhicules autonomes, les intelligences artificielles, l’internet des objets, les métavers, les crypto-monnaies ainsi que de puissants robots. 

Pour bien résumer les choses, la vieille garde continue de nous vendre son modèle contraignant, mais essaye aussi de nous persuader de ses bienfaits. Parallèlement, une autre force nous attire et nous dit qu’il faut revenir sur les erreurs de l’autre camp. Et si ce n’était pas suffisamment compliqué comme cela, un troisième pouvoir montre le bout du nez et nous dit que de toute façon il va balayer la plupart des institutions établies par les deux premiers. C’est, pour beaucoup d’entre-nous, une situation insupportable, d’autant plus qu’une fois que l’intérêt pour cette troisième force s’atténuera, les préoccupations s’orienteront inévitablement vers une autre révolution industrielle. Et cette dernière risque d’être très différente des précédentes, car l’humain aura probablement réussi à s’émanciper de toutes les lois terrestres auxquelles il a été confronté depuis son apparition sur la terre.  

Le meilleur des mondes ?

Les trois premières révolutions industrielles ne changent pas l’humain. Elles l’augmentent tout au plus. La technique et ensuite la technologie sont utilisées pour supporter l’homme dans ses propres tâches et la quatrième révolution industrielle vise à déléguer la gestion des machines à l’Intelligence Artificielle. 

La cinquième visera probablement à modifier l’humain neurologiquement et corporellement. L’homme deviendra en quelque sorte la machine en fusionnant avec elle. Cette cinquième révolution industrielle sera celle de l’homme augmenté et des intelligences artificielles ayant conscience d’elles-mêmes. Ce sera probablement aussi une ère dans laquelle les réalités virtuelles et augmentées seront extrêmement pointues et poussées. Ce sera aussi une époque ou nous aurons le choix de vivre avec un être artificiel ou un être humain qui ne sera peut-être plus si humain que cela.  Ce sera enfin l’ère de la conquête de l’espace. Une conquête de l’espace qui en 2018 prend un tournant majeur avec le lancement de la Falcon Heavy de SpaceX, qui va propulser vers la planète Mars un mannequin truffé de capteurs à bord d’un roadster fabriqué par Tesla. Dans les grandes lignes, nous assisterons donc à une nouvelle ère pour le genre humain et pourquoi pas pour le genre animal, voire même végétal… 

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que dans ce contexte, nombre d’entre-nous se sentent perdus !

Comment allons-nous faire pour nous épanouir dans ce(s) nouveau(x) monde(s) dont nous ne connaissons encore rien ? 

C’est une question importante, et si nous n’y trouvons pas de réponse maintenant, nous devons nous apprêter à vivre la plus grande crise économique et sociale de toute l’histoire. Si nous faisons le choix de nous raccrocher à une économie moribonde, vieille de 150 ans et à des institutions créées il y a plus de 200 ans, il est clair que nous n’irons pas vraiment plus loin. 

Certaines régions dans le monde excellent en matière de technologie et d’autres n’arrivent pas à prendre le train en marche. C’est d’ailleurs le cas de l’Union Européenne qui semble être contradictoire avec ses nombreuses législations, mais qui maintient une certaine constance sur le terme “Industry 5.0” qui lui donne un sens assez différent, car celui-ci consiste en une industrie plus humaine, durable et résiliente, plutôt qu’une fusion entre biologique et homme-machine. 

La question est de savoir maintenant si nous devons parler dans ce cas d’une nouvelle révolution industrielle à venir ou plutôt d’une révolution humaine ?

Cette nuance nous ramènerait plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière et c’est particulièrement dans ce sens que notre réflexion prend toute son ampleur. Nous savons que l’humanité a franchi de grandes étapes, mais bien après cela, la première révolution industrielle va mécaniser nos forces. La vapeur puis les machines permettront alors à l’homme de produire une puissance physique dont son corps était incapable.

La seconde révolution industrielle va quant à elle industrialiser l’électricité, le pétrole, le moteur, la chaîne de montage et la production de masse multipliant ce que nous pouvons fabriquer et transporter.

La troisième révolution industrielle va alors dématérialiser l’information, les ordinateurs, l’Internet, le smartphone, le cloud et les plateformes déplacent une partie croissante de notre existence du monde physique vers le monde numérique.

La quatrième révolution définie par Klaus Schwab implique que nous déléguons l’action et progressivement la décision. Les IA, les robots, les véhicules autonomes, les objets connectés et les systèmes argentiques commencent à percevoir, décider et agir sans intervention humaine permanente.

La 5e révolution indus trielle franchirait une frontière complètement différente car nous ne transformerions plus seulement notre environnement grâce aux machines mais bien au contraire nous commencerions à nous transformer nous-mêmes.

Avec une cinquième révolution, l’humain devient lui-même une plateforme technologique

Jusqu’à présent, l’histoire industrielle consistait essentiellement à placer la technologie autour de nous.

La machine à vapeur est extérieure à l’homme. La voiture est extérieure à l’homme. L’ordinateur est extérieur à l’homme. Le smartphone reste extérieur à l’homme. Même ChatGPT ou un robot humanoïde restent encore des systèmes distincts de notre organisme mais la rupture apparaîtrait lorsque la frontière devient poreuse. Certains premiers éléments existent déjà. Les interfaces cerveau-machine sont désormais testées chez l’humain. Les essais de Neuralink⁠ portent notamment sur le contrôle d’ordinateurs ou de bras robotiques par la pensée et sur le décodage de la parole chez des personnes lourdement handicapées. Nous sommes encore très loin d’un humain « fusionné » avec l’IA, mais la frontière cerveau-machine est devenue un véritable domaine expérimental. 

L’histoire industrielle pourrait être racontée comme une succession de contraintes que nous cherchons à repousser :

La machine nous émancipe partiellement de notre force musculaire. Le moteur nous émancipe de notre vitesse biologique. Internet nous émancipe partiellement de la distance. L’IA commence à nous émanciper de certaines limites de notre capacité cognitive. La biotechnologie pourrait chercher à repousser certaines limites de notre corps et l’industrie spatiale chercherait à repousser la limite ultime qui n’est autre que notre dépendance à la Terre.

En d’autres mots, la première révolution industrielle a transformé notre force. La deuxième a transformé notre capacité de production. La troisième a transformé l’information. La quatrième transforme l’intelligence des machines. La cinquième pourrait quant à elle transformer l’homme lui-même.

Mieux encore, la cinquième révolution pourrait aussi être une révolution de l’identité :

Si une prothèse devient meilleure qu’un membre biologique, est-elle encore seulement médicale ?

Si une interface neuronale permet un jour d’accéder directement à une IA, où finit notre pensée et où commence celle de la machine ?

Si un assistant artificiel nous accompagne pendant trente ans et connaît une grande partie de notre histoire personnelle, quel statut aura-t-il ?

Si une personne peut modifier certaines capacités physiques, cognitives ou sensorielles, faudra-t-il considérer ces modifications comme des soins, des produits ou des libertés individuelles ?

Et surtout il faudra trancher sur ce que signifiera encore être humain lorsque certaines caractéristiques que nous considérions comme naturelles deviendront modifiables.

Cette cinquième révolution industrielle pourrait être celle de l’homme augmenté et de systèmes artificiels devenus suffisamment autonomes pour accompagner, prolonger et parfois remplacer certaines de nos capacités physiques et cognitives. La question est maintenant de savoir si ces intelligences pourront un jour devenir conscientes d’elles-mêmes – finalement nous n’en sommes plus très loin – et dans ce cas, que vont elles apporter de meilleur au monde ?

Sébastien Colson 

C’était bien ?

Bon…

Mais ce n’est pas tout, car une époque formidable c’est aussi un site Web et des centaines de réflexions qui traitent des problématiques de notre monde et c’est aussi…

Un bureau de rédaction, d’illustration et un service de sponsoring !

Ah oui, au fait, nous sommes aussi sur Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et nous avons aussi un groupe sur Facebook sur lequel nous pouvons discuter de toutes les problématiques qui se posent à nous, donc on vous y attend car nous avons besoin de vous !

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